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Trois concertos de Péter Eötvös par l’Orchestre Philharmonique de Radio France

Le compositeur et chef d’orchestre a l’habitude de nous livrer une musique intense, lyrique, en dehors des cadres. Son nouvel opus discographique regroupe trois concertos (pour violon, violoncelle, et percussions), tous captés au sein du nouvel auditorium de Radio-France lors des festivités organisées autour de son 70e anniversaire, en compagnie d’une belle brochette de solistes, ainsi que d’un Orchestre Philharmonique en belle forme.

Des tintements irréels, impalpables… où sommes nous ? Le début de DoReMi (2013), second concerto pour violon du compositeur hongrois saisit : trois triangles en échos forment une texture immatérielle, élément à la base de la considérable richesse orchestrale de l’œuvre, jouant sur nos perceptions, à la limite des sonorités électroniques. S’en suit un séduisant et scintillant jeu sur les lettres du nom de la soliste et dédicataire de l’œuvre ( – do/ré/mi), au travers de textures grouillantes, en cela opposées à la simplicité apollinienne du matériau de départ, donnant l’impression par moment d’être immergé au sein d’une véritable jungle translucide. Toutefois, on regrettera que cette œuvre à l’écriture si riche soit autant marquée par l’inévitable Concerto pour violon de Gÿorgy Ligeti (1992), en particulier harmoniquement et par certains « clichés » instrumentaux (dialogue violon solo/alto solo au sein du troisième mouvement).

Cello Concerto Grosso (2011) manifeste une idée de concerto « multiple » (d’où son nom), instaurant un authentique dialogue à trois entre le violoncelle solo, le pupitre de violoncelles et l’orchestre. Interprété ici par l’ancien pensionnaire de l’Ensemble Intercontemporain , ce concerto est toutefois conçu comme un portrait musical du violoncelliste Miklós Perényi, ami de longe date d’Eötvös. En cela, l’œuvre utilise (notamment dans le I) différentes inflexions de musiques populaires, élans rhapsodiques et pulsations marquées, ancrant l’œuvre dans un univers « transsylvanien » assumé. S’ajoutant à cela de fort belles touches d’amertume glaciale et éthérée (II), vous obtenez sans doute la réalisation la plus marquante de cet album.

Le concerto pour percussions Speaking Drums (2013) apparaît presque comme une détente bienvenue, tant par son esprit ludique et iconoclaste que par sa lisibilité plus aisément distincte. Démiurge contaminant tout l’orchestre, le percussionniste se lance tour à tour dans une parodie de danses populaires (Tanzlied), une cadence aérienne de cloches tubes (Nonsens Songs), ou bien dans une interminable et ô combien délirante cadence sur la charley d’un set de batterie rock (Passacaglia), le tout entrecoupé par des vers hachés de Sándor Weöres et du poète indien Jayadeva, hurlés par le soliste, comme pris de réflexes convulsifs ! Une œuvre qui là aussi ne cache pas sa révérence aux grands maîtres hongrois, que ce soit dans les harmonies subtilement bartokiennes du premier mouvement, ou dans le titre du second, qui évoque directement les Nonsense Madrigals de Ligeti.

En somme, malgré une tradition du XXe siècle hongrois particulièrement (un peu trop ?) prégnante, cette nouvelle monographie de nous aura présenté trois œuvres de belle facture, à la science de l’écriture orchestrale devenant presque jouissive. Tout ceci donné dans les meilleures conditions par des solistes en grande forme et un bel , dirigé par le compositeur lui-même.