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Réjouissants et vivants concertos brandebourgeois par La Simphonie du Marais

Encore un enregistrement qui allonge la liste déjà très fournie des Six concerts avec plusieurs instruments de Bach, dits brandebourgeois. Mais et ont des choses à nous dire à leur propos.

Plusieurs particularités font que ce double disque n’est pas un simple objet destiné à meubler une discographie. Tout d’abord, la grande qualité technique et musicale des interprètes. Mais aussi le choix d’enregistrer en concert, avec pour résultat l’appréciable spontanéité du direct, et très peu d’imprécisions malgré le grand nombre de passages périlleux (les musiciens ayant pu, certes, profiter de deux prises). Un effectif relativement réduit (vingt musiciens en tout), grâce à la polyvalence des instrumentistes de , qui permet de limiter les renforts. Et un ordre des concertos qui n’est pas celui de la partition originale, préférant privilégier l’alternance des sonorités.

Le premier disque s’ouvre ainsi sur le concerto n° 5, à l’écoute duquel l’auditeur distrait ne remarquera peut-être pas que la flûte traversière a été remplacée par une flûte à bec. Ce choix, que Hugo Reyne justifie à raison par la pratique de l’époque, est d’autant moins discutable que l’utilisation d’une flûte de voix en ré présente le double avantage de ne pas obliger à transposer la pièce, et d’offrir une sonorité plus proche du traverso qu’une flûte en fa, plus aiguë. Tout fonctionne à merveille, et, parce que c’est l’œuvre par excellence d’où tirer de leur anonymat relatif les clavecinistes d’orchestre, signalons que s’acquitte à merveille de son double rôle de soliste et de continuiste. Dans le concerto n° 3, les musiciens ont la bonne idée de composer une courte cadence à plusieurs instruments (violon, alto et violoncelle) en guise de deuxième mouvement, pour lequel Bach n’a écrit que deux accords, laissant de tout temps les interprètes dans l’ignorance de son intention véritable.

On remarquera en plusieurs endroits des tempi sensiblement plus modérés que dans la plupart des versions, comme dans les deux premiers mouvements du concerto n° 6 ou dans le premier du n° 2. Le jeu n’en est pas pour autant alourdi, et on peut dire que, dans le deuxième exemple, cette mesure permet d’atteindre une clarté des plans sonores rarement entendue. À l’inverse, le concerto n° 1, caractérisé par l’emploi de cors naturels, paraît plus frais, plus spontané et plus enlevé qu’à l’accoutumée, notamment dans la suite de danses du quatrième mouvement.

Mentionnons enfin dans le livret de précieuses photos légendées de chaque musicien avec son ou ses instruments et de l’ensemble des musiciens jouant chaque concerto. L’amateur de musique ancienne pourra ainsi voir, par exemple, que l’instrument joué par dans le concerto n° 2 est une trompette naturelle de modèle « tromba da caccia », aux tuyaux enroulés comme les cors, sans tuyaux droits ; ou que, dans le concerto n° 4, joue une flûte à bec alto en fa et Hugo Reyne une en sol.

En définitive, par la justesse de son approche musicologique, la qualité de ses interprètes et la jubilation qu’il nous communique, ce nouvel enregistrement des Concertos brandebourgeois mérite sa place aux côtés des versions de référence (Musica Antiqua Köln, Akademie für alte Musik, Il Giardino Armonico, I Barocchisti, et toutes les autres).