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Andrea Bocelli, un encore superbe Radamès

Malgré le sentiment d'aspect résolument commercial que peut laisser au lyricomane sceptique un enregistrement d'Aïda de avec une distribution comprenant le ténor , l'un des plus contestés chanteur actuel de l'art lyrique, le résultat s'avère pourtant très convaincant.

Encore un enregistrement d'Aïda de . Une autre Aïda sur les quelques centaines de versions qui jalonnent la discographie de cette œuvre. Et à chaque fois, on se dit que celle-ci sera meilleure que la précédente. Ici, la précédente réunissait rien de moins que la soprano Anja Harteros et le ténor Jonas Kaufmann sous la direction d'Antonio Pappano. Une version saluée par la critique (sauf à de rares exceptions, comme la nôtre !)

Deux mois à peine après Jonas Kaufmann, s'attaque au même rôle. Et quand le nom du contesté ténor italien vient à la surface dans une œuvre du répertoire aussi populaire, on est amené à beaucoup de prudence avant d'émettre un jugement critique. Alors, on écoute. Et merci à YouTube où un internaute s'est fendu d'aligner trente-deux ténors (de Caruso à Pavarotti) dans l'interprétation de la fin du plus célèbre air de cet opéra, le fameux et suicidaire Céleste Aïda. Une introspection salutaire pour situer la performance d' dans le concert de toutes ces gloires. Objectivement, d'une part, le ténor toscan mérite amplement sa place parmi les meilleurs, même si quelques aigus sont un peu pincés. À cinquante-sept ans, il démontre une étonnante santé vocale. Par son italianité, sa parfaite diction, et par un engagement artistique intense, une crédibilité dans l'intention amoureuse, il force l'admiration. Tout au long de l'opéra, on le sent très concerné non seulement par l'envie de bien faire mais encore par la conscience de ce que représente son personnage.

À ses côtés la soprano américaine (Aïda) reste malheureusement aussi pâle que nous l'avions découverte à Turin en octobre 2015. Si toutes les notes de la partition sont à l'appel, sa voix reste sans intérêt, en manque de nuances, de couleurs et sa prononciation de la langue italienne, quoique meilleure ici que sur la scène du Teatro Regio, reste plus qu'approximative et laisse songeur sur le succès qu'on accorde à cette chanteuse.

De son côté, (Amnéris) apparaît dépassée par l'ampleur du rôle, la laissant souvent vocalement incertaine, les graves presque inexistants et les aigus accusant un trop large vibrato.

Avec (Amonasro) on retrouve un père vocalement terrifiant d'autorité. Avec son chant puissant, roulant les « r », il écrase tout sur son passage. Peut-être qu'un peu plus de retenue aurait mieux convenu à l'interprétation du rôle.

La belle surprise et la valeur ajoutée de cet enregistrement reste sans contredit la direction d'orchestre d'un retrouvant une deuxième jeunesse. Magnifique d'énergie et de légèreté musicale, il confère à l'Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino de superbes moments de noblesse et de grandeur jaillissantes. Dosant superbement les pupitres, il donne puissance et couleurs aux cuivres sans pour autant qu'ils étouffent la soie des cordes. Un bel enregistrement qui, s'il reste particulier par la présence d'un Andrea Bocelli encore très convaincant, ne renversera pas le classement des versions de référence jusqu'ici recommandées.

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