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Le Festival de Saintes sous l’impulsion de Philippe Herreweghe

Depuis vingt-cinq ans désormais, le festival de Saintes est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique ancienne ; mais il s’étend aussi sous l’impulsion de son fondateur (et vingt ans durant directeur artistique) le chef , à la musique romantique lue dans une optique « historiquement informée ». Sans faire le tour d’une programmation riche et variée, trois concerts du cru 2016 permettent de mesurer la diversité des réussites en ce lieu chargé d’histoire.

Le 11 juillet le ouvrait son concert par une lecture d’une grande rectitude du Quatuor K387, le premier des quatuors de Mozart dédiés à Haydn. Une belle lecture, d’une mise en place impeccable, mais assez lisse. On attendait en revanche beaucoup de la rencontre avec , auréolé du succès de sa récente intégrale Brahms au disque. Trop peut-être ? L’entame du Quintette opus 34 frôle la sortie de route et il faudra attendre la reprise du thème initial pour entendre tout simplement ses notes. Par la suite, l’interprétation, volontiers extérieure notamment dans le scherzo, pâtit de l’acoustique très réverbérée de l’Abbaye aux Dames, qui brouille les lignes sonores et ne convainc qu’à moitié.

Le lendemain en revanche, la même acoustique se révélait généreuse et flatteuse avec l’ sous la direction de ; le chef gantois donne de deux des plus célèbres symphonies de Beethoven une interprétation revigorante, pleine d’énergie et de vie ; et l’instrumentarium ancien de l’orchestre permet de faire ressortir bien des finesses de l’écriture, qu’il s’agisse des trois trombones ou du piccolo de la cinquième ou des cors (naturels) dans les deux symphonies. L’entente entre le chef fondateur et son orchestre est telle que les musiciens décryptent en permanence les intentions de leur directeur. À l’issue du concert, , qui anima pendant vingt ans le festival, se vit décerner le titre de citoyen d’honneur de la ville de Saintes au cours d’une sympathique réception.

Le 13 juillet, le claveciniste , entouré d’un quintette de cordes, consacrait un concert à des concertos de membres de la famille Bach, Jean-Sébastien et ses fils. Cette fois, l’orchestre étant réduit à un instrument par partie, l’acoustique faisait presque disparaître les cordes ; l’acoustique ou le manque de projection de la violoniste Sophie Gent ? Difficile en tout cas de se satisfaire d’une telle absence dans le Concerto BWV 1052, à la texture quasiment anémique. L’équilibre se révélait meilleur cependant dans les deux rares concertos de Wilhelm-Friedemann et Carl-Philipp-Emmanuel. Belle expérience cependant que la confrontation de ces trois concerts d’où celui de Philippe Herreweghe ressort, on l’aura compris, grand triomphateur. Seul regret, avoir quitté Saintes sans avoir entendu le chef gantois dans la Symphonie n° 6 de Bruckner, l’un de ses symphonistes de prédilection…

Crédits photographiques : Michel Garnier