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Leonardo García Alarcón, à l’apogée de la polyphonie flamande

Le chef argentin et le sont ce mois-ci au cœur de l’actualité en lançant la nouvelle saison de l’Opéra de Paris avec Eliogabalo. La première production d’un opéra de Cavalli au Palais Garnier fait effectivement grand bruit et pourrait faire quelque peu oublier la sortie de leur disque Canticum Canticorum consacré à la polyphonie flamande de . Spirituel tout autant que sensuel, cet enregistrement fait partie des belles révélations de la rentrée.

« Jusqu’à Lassus, la musique était seulement œuvre d’art, œuvre d’art seulement. Dans Lassus, à travers Lassus, pour la première fois, elle est devenue un moyen d’expression, un cri de la chair et de l’âme. » (Charles Plisnier)

L’Allégorie de l’odorat (et non du Goût comme indiqué par l’éditeur), quoi de mieux que du Rubens en couverture de ce Canticum Canticorum ? « Une assemblée où tout le monde parle à la fois » : voilà comment Delacroix parlait du peintre flamand, incapable de distinguer le sujet principal des motifs secondaires. Dans La Fête de Vénus (huile sur toile de 1636), les nombreux corps nus et voluptueux s’entrelacent, se mélangent, se distinguent effectivement peu. Dans le cantique Osculetur me osculo, les huit voix en double chœur se mêlent (sans s’emmêler !), se confondent jusqu’à fusionner pour donner un ensemble homogène, clair, généreux et expressif à travers une déclamation énergique. La direction large et souple de répand sans complexe la grâce mélancolique des lignes vocales où chaque vers a son propre motif, traité en style imitatif, et surprend par les ruptures de ton. Liturgique tout en étant charnel, le s’épanouit pleinement dans ce qui est l’aboutissement suprême de l’art du contrepoint que représente l’œuvre du « mirabile Orlando », notamment dans la populaire Missa super Susanne un jour et les évocations érotiques de Ancor che col partire. L’, conformément aux exigences de l’époque, se fait discret : sacrilège que la musique instrumentale !

Tels Pan et Syrinx (huile sur toile de 1617-1619), les amants se cherchent (et se trouvent !) au fur et à mesure des différents versets répartis en huit cantiques illustrant parfois les paroles de l’un ou de l’autre composées de nombreuses images allégoriques, talent également avéré chez Rubens au regard du succès de ses Allégories des cinq sens (huiles sur panneau de 1617-1618). Le texte semble déterminer la forme musicale, conférant ainsi une vérité et une intensité unique où le génie de se traduit à travers une foi religieuse vive et un amour charnel exhibé : « Statura tua assimilata est palmae, Et ubera tua botris. Dixi : Ascendam in palmam, Et apprehendam fructus ejus » (« Ta taille ressemble au palmier et tes seins à des grappes. Je me dis : je monterai sur le palmier, j’en saisirai les rameaux »).

Conventionnel au premier abord mais d’une étonnante audace en réalité : voilà comment résumer ce dernier enregistrement de cette grande figure du baroque qu’est le chef d’orchestre Leonardo García Alarcon.