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La Fenice met Rubens en musique

L’ met l’excellence de ses musiciens au service d’un voyage dans le temps qui nous fait pénétrer dans l’atelier du grand peintre flamand. Révélations musicales garanties.

…Cornelis et Carolis de Leeuw… Jacobus Clemens non Papa…Peter Franciscus Munnincks…Jan-Jacob van Eyck… : autant de compositeurs relégués dans les traverses obscures du Temps.
Plus connu aujourd’hui est Pierre-Paul Rubens, qui, entre 1577 et 1640, fut le peintre que l’on sait, mais aussi parfois négociant, parfois diplomate, toujours humaniste. De Mantoue, où il côtoya Monteverdi, de Rome où Le Caravage le sidéra, le peintre flamand, né en Allemagne, ramena à Anvers une fulgurante passion pour la renaissance italienne qui le faisait signer Pietro-Paolo.

De Louvain à Bruxelles, de 1998 à 2014, lui furent consacrées expositions et colloques, à l’issue desquels l’ de (un quart de siècle d’âge !), fort d’une vingtaine d’enregistrements, se vit confier le projet d’une manière de bande-son à même de faire résonner la musique de l’époque dans l’Atelier du peintre. Reprenant le concept d’atelier initié par Rubens, de l’esquisse à la toile, Tubéry a œuvré en peintre-musicien. Sa Fenice porte haut son nom, qui, à la manière du Phénix de la mythologie capable de renaître de ses cendres, et loin de toute suspicion de crossover, parvient, entre triple harpe, théorbe, guitare baroque et cornet à bouquin à ressusciter une époque.

Une Sinfonia dépaysante lance un disque qui captive au long de quatre sections : Église de Sainte-Gudule pour le copieux versant mystique de l’œuvre, Le joli mois de Mai, en évoquant, coucou à l’appui, la part bucolique, La belle Daphne, en écho à un célèbre tableau, et Bouffons, descendance brueghelienne d’un corpus pictural d’une imposante diversité. La petite vingtaine d’œuvres présentées ici va du solo (clavecin, orgue, flûte) au tutti d’un ensemble dont la virtuosité des six intervenants, dans l’environnement d’une prise de son somptueuse, sonne avec une ampleur quasi-symphonique sur la chaconne finale. C’est la conclusion attendue d’un disque dont chaque pièce semble la répétition générale de cette Ciacogna de qui, entonnée sur le clavecin, finit par une irrépressible ivresse collective transformant l’atelier du peintre en nef de cathédrale.

Un très beau disque, tout en clair-obscur, et qui donne en prime l’envie de découvrir la peinture d’un artiste parfois quelque peu dissimulé dans les ombres portées plus boisées de Brueghel et de Rembrandt.

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