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Le Dvořák généreux de Kertész

Tout comme il l’avait déjà fait pour les symphonies de Sibelius par Lorin Maazel (4788541), Decca réédite en un coffret de CDs et Blu-ray audio l’ensemble des fabuleuses gravures consacrées à (1841-1904) par le regretté (1929-1973) à la tête du , édition pouvant être qualifiée de – presque ! – définitive.

« Presque », en effet : dès 1991, Decca avait publié un coffret (4300462) rassemblant l’intégrale des 9 symphonies de Dvořák, mais qui avait la malencontreuse idée de scinder les Symphonies n° 2 et n° 5, chacune sur deux CDs distincts… L’édition suivante, de 2014 dans la belle série Collectors Edition (4786459), ne changeait hélas rien au couplage, même si aux symphonies elle y joignait Ouvertures, Poèmes Symphoniques, Scherzo capriccioso, Variations symphoniques, Sérénade n° 2 pour vents et Requiem. L’édition présente sous rubrique, en plus de restituer les visuels de Pieter Brueghel l’Ancien (1525-1569) des vinyles originaux, est identique quant au contenu à la Collectors Edition, mais enfin la belle et pastorale Symphonie n° 5 en fa majeur op. 76 retrouve son intégrité sur un seul CD, tandis que la Symphonie n° 2 en si bémol majeur op. 4 reste toujours scindée.

fut le tout premier chef à graver l’ensemble des 9 symphonies de Dvořák en stéréo et dans leur intégrité, sans coupures et avec toutes les reprises. Cette intégrale, par sa fraîcheur et le sens de la découverte, est le modèle auquel tout chef ultérieur fut et sera irrémédiablement confronté. Kertész, avec son sens aigu et lucide de la technique orchestrale, nous offre des lectures intelligentes et exigeantes auxquelles répond avec enthousiasme un Symphonique de Londres en toute grande forme : il ne se contente pas d’exalter les moments de véhémence de ces partitions, mais plus que tout autre, il en restitue les tendres rêveries avec poésie, finesse et subtilité rarement égalées. Toutes ces qualités se retrouvent non seulement dans l’interprétation des autres pages orchestrales, mais également de l’émouvant Requiem op. 89 dont c’est l’une des grandes références auprès de celles de Karel Ančerl et Wolfgang Sawallisch. La disparition d’István Kertész par noyade le 16 avril 1973 au large d’Israël (Herzliya) fut une perte tragique pour le monde musical : il allait avoir 44 ans…

Rappelons que c’est par l’enregistrement qui fit tellement sensation, de la Symphonie n° 9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op. 95, en mars 1961 avec les Wiener Philharmoniker, que Kertész obtint un contrat en bonne et due forme de Decca. C’était une opportunité vraiment idéale d’inclure cet enregistrement historique dans ce beau coffret : en effet un seul CD supplémentaire aurait non seulement évité de laisser fractionnée la Symphonie n° 2 sur 2 CDs, mais aurait permis d’offrir en bonus, en complément de la Symphonie n° 3, la version de la Philharmonie Viennoise de la Symphonie « du Nouveau Monde », et cela pour moins de 77 minutes. Un coffret enfin vraiment tout Dvořák par Kertész… mais une occasion manquée pour Decca !