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Renaud Capuçon et Nicholas Angelich jouent Brahms à la Philharmonie

Dans leur répertoire de prédilection, et ont proposé une interprétation éminemment romantique des sonates avec violon de Brahms.

Les trois sonates pour piano et violon, toutes parcourues par une voix bien reconnaissable par-delà leurs différences, constituent des œuvres riches et complexes à aborder. Malgré des passages flamboyants et virtuoses, l’émotion est intérieure, presque cachée parfois, tant les lignes musicales peuvent être dépouillées. Le style des deux interprètes se prête donc bien à ces pages qui ne peuvent être abordées sans lyrisme.

Agréable, chantant, le violon de fait entendre de beaux vibratos. Son expressivité est bien dosée, y compris dans l’élégiaque deuxième mouvement de la Sonate n°3 qui peut facilement faire verser dans la sensiblerie. On regrette simplement un léger manque d’intimité dans le jeu de Renaud Capuçon, qui nous fait entendre davantage un brillant soliste de concerto qu’un chambriste recueilli. Un tel répertoire nécessite une certaine introspection, qui probablement faisait défaut ce soir-là. Dans un concert de musique de chambre, le public ne demande pas que l’on joue pour lui. Écouter dialoguer les musiciens, comme incidemment, voilà tout ce qu’il lui faut.

Chez , beaucoup de maîtrise et de puissance, une éloquence remarquable, mises au service d’une évidente affinité avec les œuvres. Ce n’est pas un simple accompagnateur : ses nombreux passages solistes, ainsi que le souffle de son jeu, en font une voix forte de l’interprétation, en harmonie avec le violon. Angelich assume superbement cette part d’autonomie, avec des phrases très suggestives, comme dans la modulation en forme de marche funèbre, au deuxième mouvement de la Sonate n°1.

Le duo d’artistes livre ainsi une version homogène des trois sonates, faite de tendresse, de mélancolie, de révolte aussi. Leur interprétation ultra-romantique, non dénuée d’humour par endroits, de tension nerveuse également, joue habilement sur les ambiguïtés de certains thèmes, notamment les ouvertures des premiers mouvements des Sonates 1 et 3. En bis, le Scherzo de la sonate FAE, seul mouvement de la main de Brahms, soutenu par un piano percussif, parachève l’intégrale de son œuvre pour piano et violon par un jeu brillant et énergique.

Crédits photographiques : Nicholas Angelich © Jean-François Leclercq