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Leonard Slatkin et Hilary Hahn, d’une apollinienne froideur

Avec un concert débutant par les Chairman Dances de et se concluant sur le « Songe d’une nuit de sabbat » de la Symphonie fantastique d’, on était en droit d’espérer que Dionysos s’inviterait à la fête. Hélas, point de bacchanales furieuses, remplacées pour l’occasion par de belles harmonies bien léchées et policées d’inspiration toute apollinienne excluant le moindre soupçon d’émotion ou de sensualité.

Et pourtant, en ouverture, les Chairman Dances, inspirées de l’acte III de Nixon in China, créent l’illusion. Scandées par une rythmique envoûtante et onirique, brièvement interrompue par quelques courts épisodes lyriques, on y apprécie la mise en place, le travail timbrique, la clarté de la texture et la maîtrise de la direction de dans l’élan bien contrôlé des crescendos, avant que la coda n’impressionne par la qualité des percussions qui brusquement s’interrompent comme un cœur qui s’arrête.

Le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski, est ensuite abordé par la violoniste américaine dans une lecture purement formelle, sans émotion, ni sensualité, sans la moindre  inflexion romantique, les notes succédant aux notes, avec virtuosité et élégance certes, mais de façon monochrome suivant une ligne dont la fadeur aggravée par le manque de couleurs dans l’accompagnement orchestral confine rapidement à l’ennui.

Pourtant reconnu dans ce répertoire français, ne parvient pas, après la pause, à convaincre dans son interprétation de la Symphonie fantastique, œuvre majeure du répertoire symphonique toute inspirée de l’ombre de l’actrice Harriet Smithson.  Rêveries et passions, où apparait pour la première fois « l’idée fixe » qui parcourra toute l’œuvre, est riche en couleurs et nuances, le Bal mêle danse et mystère dans une ambigüité bercée par les accents de la harpe, des cordes graves et le legato des violons, la Scène aux champs est marquée par la belle complainte du cor anglais auquel répond en écho le hautbois, mais l’orage paraît bien peu démonstratif, tout comme la Marche au supplice qui manque de spectaculaire malgré des cuivres éclatants. Le Songe d’une nuit de sabbat paraît, quant à lui, un peu décousu et sa narration bien pâlichonne. Bref, une interprétation sans tension, trop policée, où Leonard Slatkin, avec une retenue excessive, semble s’intéresser plus aux détails qu’à la continuité du discours. Une « fantastique » vue par le petit bout de la lorgnette, qui ne restera pas dans les mémoires. Dommage compte tenu de la qualité de l’orchestre, irréprochable.

Crédit photographique : Leonard Slatkin © Evgeniy Ivanov

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