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Musique vocale anglaise par les Cris de Paris et le Poème Harmonique

Programme original et interprétation magistrale pour mettre à l’honneur la musique vocale de Purcell et de . On attend désormais et dans d’autres programmes de musique anglaise.

Heureux programme que celui concocté par le label Alpha. Aux célèbres Funeral sentences composées par Purcell à l’occasion des obsèques de la reine Marie, l’épouse de Guillaume III, fait écho l’ode composée par pour les propres funérailles de Purcell. L’œuvre, assez rare, avait déjà été enregistrée par Roy Goodman sous le label Hypérion, dans le cadre d’une compilation d’hommages au grand compositeur anglais, mais c’est la première fois que l’on rassemble, sur le même CD, la musique de Purcell et celle qui fut composée en son honneur. Si les Funeral Sentences sont connues, on découvrira donc la superbe ode de Clarke, compositeur lui aussi décédé prématurément, qu’un chagrin d’amour conduisit au suicide. Sans doute pourra-t-on s’étonner de la structure de l’œuvre, laquelle commence par présenter, un peu sur le modèle de l’Orfeo de Monterverdi, les délices et les douceurs d’un monde arcadien, soudainement ébranlé par l’annonce de la disparition de Strephon-Purcell. Par un subtil effet de miroir, cette œuvre, qui dit la mort du musicien et donc de la musique, est elle-même complétée par la première ode à sainte Cécile de Purcell, « Welcome to all the pleasures ». Il s’agit de la première de cette longue série d’hommages à la musique, l’inauguration d’une belle tradition à laquelle le grand Haendel allait lui aussi, de nombreuses années plus tard, contribuer à sa manière.

L’interprétation des Cris de Paris et du Poème Harmonique sera une raison supplémentaire de faire l’acquisition de ce bel album, enrichi notamment par de superbes percussions. Celles-ci ne sont pas sans rappeler par endroits l’écriture lullienne, à laquelle Purcell n’hésitait pas de temps à autres à se mesurer : on ne dira jamais assez à quel point la musique anglaise de cette époque se nourrissait de ce qui se faisait outre-Manche. Parmi les solistes, on notera tout particulièrement le timbre rond et chaud du contreténor américain , ainsi que le chant tout en douceur du ténor , toujours aussi à l’aise dans les tessitures extrêmement tendues, si prisées à cette période. Le timbre de la soprano manque cependant de luminosité, et la basse trahit par sa prononciation ses origines françaises. Que ces menus détails n’empêchent pas les curieux de faire la découverte de ce très beau CD.

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