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Bel éclectisme au Festival de L’Epau

La 35e édition du Festival de l’Epau a présenté une programmation toujours très éclectique : de Monteverdi au blues et au jazz brésilien, du piano solo au gala d’opéra, avec des touches régionales comme le fado, des chansons napolitaines ou encore de la mandoline, sans oublier la mélodie française. Nous avons assisté à six de ces concerts répartis sur deux jours.

Les concerts du midi à l’Hôtel du Département sont dédiés à de petites formations. Le 17 mai, et offrent les Troisième et Cinquième sonates de Beethoven, où la grande fluidité mélodique se conjugue avec des rythmes pleins d’ardeur. Les coups d’archet de , souples, énergiques et précis à la fois, forment une belle unité avec la dextérité aussi brillante que délicate d’.

Le lendemain, le mandoliniste nous fait découvrir quelques pièces de , mandoliniste et compositeur originaire de Naples, fils du célèbre luthier Antonio Calace. Ses Préludes sont « classiques » sur le plan harmonique, mais exigent une virtuosité parfois vertigineuse, et servent de véritable laboratoire à la mandoline moderne. Le musicien rend cet aspect plus qu’évident. Le programme est complété par des transcriptions de la Danse hongroise n° 5 de Brahms, par l’« Adagio » de la Première Sonate pour violon seul et la Chaconne de Bach, réalisés par lui-même, ainsi que par la « Danse » de , compositeur américain de nos jours.

Les deux concerts du soir constituent des moments forts du festival. Le 17 au dortoir, l’humoriste raconte, avec la complicité de musiciens chambristes, une histoire avec des « tubes » de la musique classique en insérant « les pièces imposées par les maisons de disque » : La mort d’Isolde, la Cinquième Symphonie de Beethoven, « Andante con moto » du Trio op. 100 de Schubert, Pavane de Fauré, Sonate pour clarinette et piano de Poulenc… Ses propos, qui vont à notre sens parfois un peu loin quand il parle des personnes âgées, permettent cependant de constituer une excellente initiation, amusante et décontractée, à la musique classique. Les jeunes instrumentistes livrent des interprétations de très grande qualité qui n’ont rien à envier à personne.

Le 18 mai à l’abbatiale, c’est la fête vocale pour célébrer les 450 ans de Monteverdi, par dirigés par qui commente également le concert. L’ensemble présente quelques extraits des trois derniers livres de Madrigaux, au cours desquels on peut assister à une évolution spectaculaire de style et de conception musicale : passage de la polyphonie vocale à la mélodie accompagnée, qui coïncide avec la naissance de l’opéra (Lamento d’Arianna dans le programme). Comme toujours, leur soirée est traversée par une haute spiritualité musicale, et heureux sont ceux qui ont bravé la pluie torrentielle s’abattant sur l’abbaye cistercienne du XIIIe siècle.

Chaque soir, à partir de 22 heures 30 environ, on assiste, sous le toit du Magic Mirror, à un after convivial agrémenté de boissons et de restauration légère. La nuit du mercredi est animée par le duo composé de l’accordéoniste et de l’infatigable violoncelliste François Salque, entre jazz, tango et classique à l’accent tzigane et oriental. Après la splendeur de la mandoline et la magnificence de la période mantouane de Monteverdi, le jeudi, on reste en Italie pour savourer la vivacité populaire de Naples, à travers des chansons à danser et à travailler. Les musiciens du chauffent l’ambiance malgré la température quasi glaciale à l’extérieur, et le public, enflammé, quitte le lieu toujours très heureux.

Crédit photographique : François Salque © Nicolas Tavernier ; Julien-Martineau © Jean-Baptiste-Millot