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Le monumental testament mahlérien de Lorin Maazel

Un témoignage grandiose sur l’une des personnalités les plus fortes de la direction d’orchestre, disparue en 2014.

Interprète longtemps discuté de la musique de Mahler, avait programmé les neuf symphonies dans un cycle marathon donné en 2011 à Londres avec le Philharmonia. C’est cet ensemble imposant, remarquable par sa qualité orchestrale et sonore autant que par sa conception très personnelle, que nous restitue l’éditeur Signum.

Lorin Maazel a découvert relativement tard l’œuvre de Mahler ; une première intégrale des symphonies avec le Philharmoniquee de Vienne avait suscité beaucoup de controverses et de critiques : les tempi très étirés, et l’hyper-expressivité, très personnelle, convainquaient moins que celle, presque contemporaine, des gravures d’un Bernstein alors au sommet de son art. En 2011, Maazel revenait, en une série de concerts captés en quelques mois, aux œuvres de Mahler, avec le Philharmonia de Londres. Cet ensemble des neuf symphonies (cette fois, l’adagio de la Dixième est écarté) nous est proposé en un monumental coffret.

Quelques grandes lignes se dégagent d’emblée. D’abord, comme à Vienne, Maazel opte pour des tempi d’une très grande ampleur, les grandes symphonies dépassant allègrement les 90 minutes. Ce sont presque systématiquement les enregistrements les plus lents de la discographie (hormis la Septième pour laquelle la version hallucinée de Klemperer demeure totalement hors normes). L’orchestre est magnifique, somptueusement capté, et sans doute plus convaincant par sa précision que les Viennois dans l’intégrale Sony. En revanche les solistes, tous anglo-saxons, sont en général un cran en dessous, ce qui handicape les symphonies avec voix, la Huitième surtout, assez imparfaite. Enfin, la direction de Maazel impose une perfection de mise en place intimidante, mais souffre parfois de baisses de tensions peut-être dues à l’enchaînement de ce marathon mahlérien, peut-être aussi au choix de ces tempi lentissimes et difficiles à soutenir ; le finale de la Sixième, par exemple, reste très à la surface des notes. Quelques idiosyncrasies surprennent aussi, comme le phrasé du cor anglais dans le lied de la Troisième symphonie.

Mais l’ensemble est à prendre comme un tout, et l’un des derniers grands témoignages d’un chef exceptionnel, à la technique infaillible et à la musicalité parfois contestable. Sans remettre en cause une discographie considérable dans laquelle aucune intégrale n’est parfaite (encore qu’on puisse juger le dernier Bernstein comme le plus proche de la perfection, sans oublier non plus les éclairs de génie de Boulez, Abbado ou Haitink), ce beau coffret sonne comme le testament mahlérien d’une personnalité majeure de la direction d’orchestre de son temps.