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Pour la première fois en CD, toute la musique de chambre de Rudi Stephan

Une belle interprétation de pages ensorcelantes, qui font prendre toute la mesure des pertes irréparables occasionnées par la Grande Guerre.

Disparu dans les tranchées de la Grande Guerre en 1915 à l’âge de 28 ans, deux semaines après avoir été envoyé au front, le compositeur allemand laissa une œuvre hélas peu abondante, mais de toute beauté. Si son opéra Die ersten Menschen, créé à titre posthume à Francfort en 1920, a fait l’objet de plusieurs captations discographiques, et si sa musique symphonique et instrumentale a elle aussi été bien enregistrée, sa musique de chambre restait encore mal connue. On trouvait néanmoins quelques mélodies de Stephan dans les volumes 4 et 15 de la série « Les musiciens et la Grande Guerre », publiée par les éditions Hortus. Le présent album contient à présent, et pour la première fois en CD, l’intégralité de la musique de chambre et des mélodies du compositeur allemand, des mélodies pour voix et piano au cycle pour voix et orchestre Liebeszauber, ici arrangé pour sept instruments à cordes.

La tâche ne fut pas facile, à en croire la passionnante – et passionnée – notice du pianiste , grand maître d’œuvre du projet. Ces compositions fortes et audacieuses, tout à fait dans l’air du temps et dans l’esprit de ce qui se faisait à l’époque, laissent un sentiment de vertige si l’on se prend à imaginer ce que ce musicien surdoué aurait pu produire s’il avait vécu, et la place qui aurait été la sienne aux côtés de compositeurs comme Mahler, Strauss, Schönberg, Berg ou encore son presque contemporain Hindemith. L’orchestration des Liebeszauber de 1914 – certes de la main de , la version originale ayant été perdue – met en avant l’étonnante modernité d’un musicien à découvrir absolument. Réécrite pour sept instruments à cordes, la pièce fait ainsi pendant à la fameuse Musik für Sieben Saiteninstrumenten de 1912, qui valut à , de son vivant, un début de notoriété.

Si ce cycle à la beauté ensorcelante fait la part belle au Sprechgesang, d’autres mélodies à la facture plus classique feraient davantage penser aux lieder de Richard Strauss, voire aux Wesendonck-lieder de Wagner. Excellemment servies par le soprano fruité, charnu et délicieusement vibré de la cantatrice , elles révèlent des trésors d’écriture pianistique et des sortilèges de tendresse dans la ligne vocale. Du baryton , on appréciera surtout la belle diction et la mise en valeur du texte verbal, en regrettant un timbre que l’on pourra trouver un peu rêche. Les instrumentistes réunis pour cette belle occasion font tous preuve de la virtuosité et de la musicalité qui s’imposent. Plus qu’une découverte, une révélation !