Mélodies de la grande guerre : la sobriété juste de Marc Mauillon et Anne Le Bozec

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Georges Antoine (1892-1918). Lili Boulanger (1893-1918). Nadia Boulanger (1887-1979). André Caplet (1878-1925). Courtland and Jeffreys. Claude Debussy (1862-1918). Ivor Gurney (1890-1937). Reynaldo Hahn (1874-1947). Fernand Halphen (1872-1917). Albert Roussel (1869-1937). Rudi Stephan (1887-1915). Weston and Lee. Wood. Marc Mauillon, baryton. Anne Le Bozec, piano. 1 CD Hortus 715. Durée : 76’26.

 

715-mortsignoresLe travail titanesque mené par Didier Maes et Philippe Saulnier D’Anchald, responsables de la collection « Les Musiciens et le Grande guerre » éditée chez Hortus, se poursuit à travers ce quinzième volume intitulé À nos morts ignorés où l’on retrouve la complicité de et , duo déjà en charge d’un des précédents volumes : Mélodies, Préscience, conscience.

Nous pouvions nous douter d’une création musicale foisonnante durant la Première Guerre mondiale mais ce disque surprend par la qualité des œuvres sélectionnées. Alors que la pochette peut faire penser à un catalogue principalement militaire, les amoureux des sonorités de la musique moderne de Debussy ou de l’écriture musicale de Schumann se retrouveront pleinement à l’écoute de cet enregistrement mettant en lumière des textes et des compositeurs souvent oubliés, certains morts au front, avec une diversité de climats faisant la force de ce projet.

C’est donc à travers une musique sensorielle, parfois modale dans les numéros les plus introvertis et parfois tonale avec des harmoniques audacieuses, que exprime son talent par le biais d’une justesse d’interprétation, sans grandiloquence excessive qui aurait dénaturé l’essence même de la majorité du répertoire présenté. Imprégné d’une solennité constante, exceptés la gaieté (innocente ?) de Good-By-eee ! et de Roses of Picardy proche du music-hall et la marche militaire Oh, it’s a lovely war autant exubérante qu’acerbe, le baryton français a su s’adapter aux différentes prosodies de ce répertoire si varié. Sa sobriété peut parfois faire regretter une voix un peu droite, mais que le timbre clair, l’agréable diversité de nuances et la belle musicalité font vite oublier. Dans un accompagnement souvent épuré, le jeu franc et net d’ complète à merveille l’interprétation de ces mélodies. Les pièces pour piano seul Pour les vêtements du blessé et Berceuse héroïque de Debussy ainsi que l’accompagnement de Wallonie de permettent à la pianiste de délivrer un jeu plus intense.

La pluralité des cultures (française, belge, allemande, britannique) impliquées dans la Grande Guerre et retranscrite dans ce disque entre mélodies, songs et lieders, se retrouve jusque dans le choix du piano, Anne Le Bozec considérant que le Bechstein (l’instrument utilisé ici date de 1888 !) possède l’identité temporelle adéquate sans être trop marqué sur un plan national. Pour apprécier pleinement la précision de ce travail, ce disque doit être écouté par petites touches pour se complaindre dans le recueillement que peuvent inspirer ces musiques sorties de l’ombre.

Lire aussi dans la même collection : Cyrille Dubois chante Lili Boulanger

 

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