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Caprices : le violoniste Irvine Arditti en solo

Rares, très rares sont aujourd’hui les récitals solistes du violoniste , happé par sa carrière de chambriste au sein du quatuor désormais mythique qui porte son nom. Cet album gravé sous le label Aeon n’en est que plus précieux, mettant à l’honneur cet interprète de haut vol qui n’avait pas enregistré de disque en solo depuis 1990.

C’est l’archet virtuose, la brillance des sonorités, mais aussi la transgression du jeu traditionnel du violon, dans la droite lignée de son compatriote Paganini, que exerce dans les Sei Capricci (1975-1976) qui débutent cet enregistrement. Le registre suraigu des harmoniques y est presque exclusivement sollicité, dans les nuances infimes d’éclat et de grain qui soumettent l’archet à des modes de jeu extrêmement variés. Mais rien là qui puisse inquiéter l’extraordinaire volubilité du geste de l’interprète. La transparence des textures et la précision sont telles qu’on y décèle à l’écoute rythmes et mélodies anamorphosées sous l’effet du filtrage et de la compression. La théâtralité affleure dans l’acrobatique sixième pièce, la plus développée, évoquant la lutherie et une certaine vocalité asiatiques avec de spectaculaires figures en glissandi dévoilant d’autres couleurs.

Complexes et virtuoses assurément, les 4 Lauds (1984-2000) de l’Américain n’extrapolent pas, quant à elles, le registre traditionnel du violon mais en explore la dimension polyphonique à la faveur du jeu en doubles, triples voire quadruples cordes. Il s’agit de quatre hommages (« louanges ») à des compositeurs et interprètes proches ou amis. L’autorité du geste et la maîtrise formelle du violoniste subjuguent, qui confère élégance (Riconoscenza per Goffredo Petrassi) et tension expressive (Rhapsodic Musings) à des trajectoires exigeantes, voire de véritables défis violonistiques (Fantasy – Remenbering Roger).

Étrangement, ne possédait pas à son répertoire Einspielung I d’ (1979), travaillé donc en vue de cet enregistrement. Pierre d’angle de la littérature violonistique du XXᵉ siècle finissant, l’œuvre fait figure de monument (19 minutes d’un seul tenant) face aux miniatures qui l’encadrent, et trône au centre de l’album. L’œuvre devait être augmentée d’une partie électronique et ainsi créée en 2013, mais Nuñes n’eut pas le temps de la concevoir. L’écriture foisonnante d’Einspielung I est elle aussi sans concession, « organique » nous dit le compositeur et, à ce titre, très directionnelle. L’auditeur attentif ne s’y perdra pas. Irvine Arditti y veille scrupuleusement, déployant la dramaturgie sonore avec une intelligence du texte qui ravit.

C’est avec Anthèmes I (1992) de , un bijou pour violon seul de huit minutes – qui connaît une extension avec électronique en 1997 – qu’Irvine Arditti referme cet album. Frénésie du geste, lignes acérées, pizzicati joueurs et sensibilité à fleur d’archet : notre interprète virtuose met bien évidemment sa touche singulière à l’interprétation de ce grand classique du XXᵉ siècle, dont il créa lui-même la première version de 1991.