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L’opéra imaginaire du jeune organiste Thomas Ospital

Le premier disque de , titulaire du grand orgue de Saint-Eustache et artiste en résidence à Radio France, se compose d’œuvres majeures pour orgue de , comme Orphée, ou la Fantaisie et Fugue sur le choral « Ad nos, ad salutarem undam ». Les couleurs s’entrechoquent pour qu’au-delà de la dimension religieuse véhiculée généralement par l’orgue, un opéra imaginaire prenne vie. Effectivement, la fougue de la jeunesse de l’artiste dépoussière sans complexe l’image austère de ce monumental instrument.

Au XIXe siècle, la composition musicale s’est centralisée autour de l’instrument star de l’époque, le piano, ainsi qu’autour des œuvres orchestrales. Depuis Jean-Sébastien Bach, le répertoire pour orgue s’est en effet peu enrichi d’œuvres notables et les quelques partitions consacrées à cet instrument par de grands noms comme Brahms ou Mendelssohn marquent plus l’intérêt de ces musiciens pour l’œuvre du Cantor de Leipzig, qu’une réelle volonté de renouveler le langage musical de cet instrument. Une impulsion nouvelle advient grâce à Liszt, et particulièrement grâce à la Fantaisie et Fugue sur le choral « Ad nos, ad salutarem undam » présentée dans ce disque, partition grandiose par bien des aspects. Son approche de l’instrument, à la fois pianistique et orchestrale, fonde, selon ses contemporains, une « nouvelle école allemande d’organistes virtuoses ».

Par ce disque, la volonté de est de présenter un « mini-opéra romantique » où Orphée et la quiétude de ses arpèges en serait le prélude, où la pièce centrale proche d’un poème symphonique, Fantaisie et fugue « Ad nos », développerait le drame intérieur d’un héros tourmenté aboutissant à une mort triomphante et des Funérailles grandioses. Après Am Grabe Richard Wagners, le bémol majeur de la Consolation IV diffuse pour finir une étrange torpeur.

C’est avec impétuosité et une fougue à toute épreuve que Thomas Ospital dompte la puissance et la démesure de l’orgue de Saint-Eustache. Les passages grandioses côtoient des instants plus fuselés, et alors que les images prennent vie, les couleurs s’enchaînent grâce à un contraste et une mise en relief saisissants. L’instrument révèle ses capacités abondantes et ses couleurs singulières, via la technique sans faille de l’interprète. « L’orgue, c’est un orchestre, je le vois comme habité par un maximum de personnages que l’ont fait dialoguer, combattre », affirme le musicien. Amoureux de l’orgue, mais amoureux aussi de l’opéra ou de l’orchestre, c’est une belle épopée que nous offre l’interprète pour ce premier disque d’une modernité jubilatoire.