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Leleu et Escaich renouvellent le duo trompette et orgue

Arriver à renouveler le concept déjà ancien du « trompette et orgue » semblait, pour beaucoup de mélomanes, une gageure. Au travers d’un programme nouveau, construit autour de transcriptions et d’arrangements divers, et offrent un discours à la fois novateur et respectueux de l’esprit des pièces originales.

« La grande classe », serait-on tenté de dire familièrement à l’écoute de ce nouvel album enthousiasmant. Inventé au cours des années 60 par Francis Chapelet, puis Marie-Claire Alain et Pierre Cochereau, le fameux « trompette et orgue » a fait depuis une grande carrière au sein des festivals d’orgue, où la préoccupation des organisateurs était de rendre l’orgue plus attrayant grâce à un cuivre rutilant. Le mariage était souvent assez heureux et remplissait davantage la nef des églises. Pour autant, et en dépit d’interprètes prestigieux comme Francis Hardy, Maurice André ou Roger Delmotte, les programmes de ces concerts tournaient souvent autour de transcriptions de concertos baroques, italiens pour la plupart. Le résultat musical n’était pas toujours des plus convaincants, et la musicologie passait hélas parfois à la trappe.

Ici, l’idée de la transcription est reprise sur le thème de la voix, de la vocalise, comme l’indique le titre même de l’album. Depuis Haendel, avec un air italien, et Purcell, avec la tragique Mort de Didon, le voyage commence, parsemé çà et là d’interludes improvisés à l’orgue, évoquant le compositeur à venir, sorte de « promenade », comme aurait dit Moussorgski. utilise tour à tour diverses trompettes jusqu’à choisir le bugle (ou cornet à piston), plus émouvant et grave dans l’interprétation de la Vocalise de Rachmaninov, où le lyrisme du trompettiste fait merveille. L’air de Puccini ne perd pas une once d’émotion et semble écrit pour cet instrument. L’orgue propose des climats par des registrations très subtiles à chaque pièce. Peu à peu, le programme nous amène à notre époque, avec Bernstein ou Piaf. Laura de Charlie Parker retrouve l’ambiance adéquate grâce aux sonorités reconstituées des orgues de cinéma américains. Pour la fin, Thriller de Michael Jackson demande l’intervention de Loïc Ponthieux à la batterie. La trompette passe par tout un tas de registres et de tessitures alors que l’orgue devient un synthétiseur aux couleurs surnaturelles.

Il faut encore parler de la sonorité de Romain Leleu, à la fois solide et caressante comme du velours. On retrouve cette atmosphère envoûtante que l’on connaissait avec Maurice André, notamment dans le répertoire plus moderne au travers de chansons et de tubes bien ancrés dans l’esprit des auditeurs. Avec , partenaire idéal, ces arrangements sont imprégnés de légèreté, de liberté, et font souvent penser à des improvisations de l’instant. Grâce à eux, le duo trompette et orgue se débarrasse de cette sensation d’œuvres adaptées pour la circonstance, et retrouve ainsi toutes ses lettres de noblesse. D’autres pistes sont à suivre assurément, comme le montre le très récent album Aria enregistré par Richard Galliano à l’accordéon et Thierry Escaich à l’orgue.

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