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Le trompettiste est décédé à l’âge de 78 ans. Aux côtés de Mstislav Rostropovitch, Yehudi Menuhin, Herbert von Karajan ou Isaac Stern, la notoriété de dépassait largement les frontières de la musique classique, décloisonnant un instrument jusqu’alors regardé avec dédain. Virtuose de légende, il laisse une discographie pléthorique, qui sert toujours de modèle à tous les trompettistes de la planète.

La vie de commence comme un roman. Né dans un petit village, près d’Alès, dans une famille modeste, l’adolescent descend dans la mine, comme ses parents. Agé de 11 ans, il commence le solfège, avant de tâter de la trompette, l’instrument de son père Marcel-Jean André et de son frère Raymond. Son talent hors norme est très vite repéré, entre-autres par un responsable des abattoirs d’Alès, trompettiste à ses heures. Le jeune monte alors à Paris où il rentre au Conservatoire, en 1951. Il est l’étudiant de Raymond Sabarich, soliste de l’orchestre de l’opéra-comique et de la Société des concerts du Conservatoire. Ce professeur est aussi un défenseur de la musique de variété, comme le sera son élève. La scolarité de est brillante avec, en 1952, un prix de cornet et, en 1953, un prix de trompette.

Dès 1953, il enregistre, pour Erato, un premier disque avec l’orchestre de Jean-François Paillard. On le retrouve, dans le même temps, à la tête des pupitres de trompettes de l’orchestre des Concerts Lamoureux et du Philharmonique de l’ORTF. Il n’en délaisse pas moins les musiques populaires et de variété en se produisant dans l’orchestre du cirque Médrano et avec des chanteurs comme Charles Trénet.

Mais, un tel artiste est lancé comme une fusée : en 1955, il triomphe au concours de Genève avant de remporter, en 1963, celui de Munich. Sa carrière est sur de solides rails. En 1967, il succède à son professeur Raymond Sabarich, au Conservatoire de Paris, il multiplie les disques et les engagements prestigieux avec, entre-autres, le chef d’orchestre Karl Richter.

Le travail du virtuose sur le répertoire de la trompette est exceptionnel : Pour le trompettiste : «Maurice André l’a considérablement fait évoluer. Beaucoup de compositeurs ont écrit pour lui et ces œuvres font maintenant partie de notre répertoire. Je pense particulièrement aux œuvres de Jolivet, Landowski etc. Il a été très actif dans la transcription en ressortant des œuvres baroques (jouées sur la trompette piccolo). Il a également rejoué les concertos classiques de Haydn et Hummel qui apparemment étaient tombés dans l’oubli. Ces œuvres phares représentent mon instrument aujourd’hui, au point que lorsque je me produis accompagné d’un orchestre, c’est, une fois sur deux, les œuvres qu’on me demande. Même chose pour un duo très traditionnel qu’est le trompette et orgue ! ».

Bien évidemment ; le jeu de Maurice André s’appuyait sur une technique hors pair. Trompette solo de l’orchestre de la Tonhalle de Zurich, Philippe Litzler, nous raconte ce souvenir d’un concert suisse où : « Il avait joué les concerti de Hertel et celui de Stamitz. Ce sont deux œuvres d’une extrême difficulté. Il avait été magistral, c’était de la flûte ! Je suis allé le voir à la fin du concert. Je me souviens de sa phrase qu’il m’a dite avec son accent chantant : oh, aujourd’hui j’étais un peu fatigué ! Il n’avait raté aucune note de tout le concert… ! Une très grande leçon ! ».

Il existait aussi un savoir-faire Maurice André qui se manifestait sur par sa musicalité. Pour : « Maurice André a su tirer toute l’émotion d’un instrument qui était (et l’est encore souvent) considéré comme secondaire, pas intéressant, et jouant uniquement dans des nuances fortes ! Maurice André a prouvé que la trompette, comme il aimait le dire, peut jouer piano comme un violon, détacher comme une flûte etc etc. ».

Le musicien se manifesta aussi par son intérêt pour la trompette piccolo, adaptée aux œuvres baroques. En collaboration avec la maison Selmer, il mit au point, dans les années 1950, un modèle de trompette en si bémol aiguë à quatre pistons.

Mais Maurice André ne se limitait pas au simple domaine de la musique classique. Mais, comme le dit Philippe Litzler, toutes ses approches étaient marquées par la rigueur : « Maurice André, dès le début s’était attaqué soit aux standards de la variété comme aux œuvres classiques du répertoire ». Il parcourait aisément le répertoire léger traditionnel et viennois, les musiques de film, sans oublier le jazz avec son compère Claude Bolling.

De ces qualités exceptionnelles, Maurice André put s’affirmer comme un vulgarisateur hors pair de la trompette. Le public se souvient de ses apparitions lors de l’émission « Le grand échiquier » de Jacques Chancel, mais aussi de ses innombrables enregistrements, près de 250 dont certains avec Herbert von Karajan ou Riccardo Muti. Philippe Litzler ajoute justement que Maurice André se caractérisait par « un mariage bénéfique » entre une nouvelle approche des répertoires et l’amélioration des techniques d’enregistrement.

La pédagogie était l’une des passions du musicien. Au Conservatoire, il a formé deux générations entières de musiciens, dont : Eric Aubier, Thierry Caens, Bernard Soustrot et Guy Touvron. Il donna de nombreuses classes de maître et s’intéressa toujours aux jeunes talents. Romain Leleu nous confie : « le 10 février 2009, suite à ma victoire de la musique, il m’a téléphoné pour me féliciter. Je n’y croyais pas, le Maître de la trompette au bout du fil, celui qui nous a donné à tous le goût et l’envie de faire ce métier depuis l’enfance ! Nous avons discuté un long moment et il m’a donné quelques conseils. Régulièrement, je le tenais informé de ce que je faisais… et je lui demandais son avis et ses conseils pour tout un tas de choses. » Son intérêt pour les talents en devenir, se manifesta tout particulièrement à travers la création du Concours qui se déroula à Paris, de 1979 à 2006, sous la présidence du musicien. Alison Balsom, Gábor Boldoczki, ou David Guerrier, virtuoses actuels furent des lauréats de cette prestigieuse compétition.

Infatigable artiste, qui ne s’économisait pas, avec près de 200 concerts par an, il organisa une tournée d’adieux, en 2004, mais il se produisait encore de temps à autre avant un dernier concert, en 2008, à Bézier.

De par ce parcours exceptionnel et par sa place essentielle dans le monde des cuivres, c’est tout naturellement que Maurice André, fut élu, en 2003, par ses pairs comme « le plus grand trompettiste du siècle ».

Maurice André, orientations discographiques

Il est évidemment impossible de répertorier précisément la discographie du musicien. D’innombrables compilations ou albums rendent hommage au talent du virtuose. Label de ses débuts, Erato a judicieusement remixé, en 3 petits coffrets, son legs pour la firme française. Dans les années 1970-1980, Maurice André enregistra pour EMI. En tête d’affiche, on retrouve ses enregistrements de concertos avec Herbert von Karajan ou Riccardo Muti. Piliers des collections économiques, la plupart des enregistrements EMI sont très facilement trouvables sur le marché discographique.

Nous tenons à remercier Romain Leleu et Philippe Litzler pour leurs témoignages.

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