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Barbara Hannigan émouvante dans Berg, explosive dans Ligeti

Si le Sacre du printemps d’ constitue le cœur de cet enregistrement, c’est pourtant par les Six Pièces pour orchestre d’ et par la remarquable interprétation de dans le Wozzeck d’ et les Mystères du Macabre de , qu’il acquiert son indiscutable intérêt. Un programme moderniste qui permet d’apprécier les énormes capacités d’adaptation et la qualité superlative du LSO sous la baguette de Sir .

Les Six Pièces pour orchestre de Webern sont jouées, ici, avec beaucoup d’intensité, de tension et de profondeur dans le son. Des miniatures séduisantes, transparentes et raffinées, dédiées à Schönberg, qui mettent en avant l’important travail du compositeur sur les timbres instrumentaux (les vents et percussions, en particulier). Un véritable exercice solistique où les musiciens du LSO peuvent faire valoir leur superbe sonorité indépendamment de tout effet de masse orchestrale.

Les Trois Fragments tirés de Wozzeck de Berg laissent, là encore, une large place aux vents, à laquelle s’ajoutent les somptueuses et mythiques cordes de la phalange londonienne. s’y montre aussi à l’aise dans la déclamation que dans le chant. Une interprétation chargée d’émotion qui ne souffre aucun reproche, dans la diction, dans le phrasé, comme dans l’étendue du registre, depuis des graves soutenus jusqu’aux aigus filés ou violemment projetés.

Les Mystères du Macabre de Ligeti, partition fétiche de la soprano canadienne, poussent l’engagement scénique et vocal à son comble. Déguisée en écolière mâchant du chewing gum, elle entame avec une facilité déconcertante des vocalises et onomatopées explosives et vertigineuses, parfaitement en place, soutenue par un orchestre et un chef extrêmement complices.

En revanche, le Sacre du printemps de Stravinsky déçoit, non pas par la qualité orchestrale, mais par une vision trop policée de cette œuvre. Une vision par trop édulcorée, sans tension et sans envoûtement, trop lyrique dans l’Adoration de la terre et décousue dans le Sacrifice, alors qu’on aurait souhaité un phrasé plus barbare, des attaques plus cinglantes, des sonorités plus rugueuses, une lecture plus archaïque. , comme à son habitude, recherche le beau son. Il met en avant les performances solistes au détriment de la dynamique et de la vision globale de l’œuvre. Un Sacre finalement vu par le petit bout de la lorgnette dont l’interprétation parait bien loin du compte pour cette musique tribale que Stravinsky lui-même considérait comme devoir se situer en permanence au bord de la rupture. Dommage, on se consolera toutefois par les seules présences vocale et scénique de Barbara Hannigan et par la magnificence du LSO. Ce qui n’est finalement déjà pas si mal !

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