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Entre folklore et tradition, Eugène Onéguine à Metz

Dans un spectacle propre, bien rôdé et bien réglé, quelques individualités vocales se détachent. Le spectacle interroge par son respect scrupuleux d’une tradition de bon aloi.

Personne ne saurait contester le bon goût et la délicatesse de ce joli spectacle, situé dans un élégant décor rehaussé de toiles peintes qui représentent tour à tour les champs et les jardins du domaine campagnard de Madame Larine, puis au troisième acte, les rues et les canaux de Saint-Pétersbourg. Pour ses savants éclairages, pour ses ambiances feutrées ou pour le dynamisme de sa chorégraphie, on ne pourra que louer la fluidité et l’à-propos d’une mise en scène toute en finesse, qui respecte le texte et les intentions du compositeur à la lettre. Certains voudront ironiser sur les costumes empruntés au folklore traditionnel, ou sur certains petits détails censés évoquer la vie quotidienne de la vieille Russie tsariste : samovar, tâches ménagères, actes de sociabilité… La réelle justesse de la direction d’acteurs, qui met en exergue la violence des passions masculines dans l’univers essentiellement féminin des deux premiers actes, compte sans doute davantage que le recours aux vieilles recettes traditionnelles, dès lors en tout cas que ces dernières fonctionnent. Cela, indubitablement, est le cas ici, où l’on a grand plaisir à voir défiler cette succession de scènes lyriques qui nous plongent avec pertinence dans les troubles et les tourments de la passion amoureuse.

La réussite musicale est peut-être plus mitigée, en raison principalement d’une Tatiana ex-mezzo qui possède certes les notes de son rôle, mais sans en montrer le lyrisme éperdu, au sommet du registre. Les aigus sont ainsi tirés et stridents, et c’est fort dommage car l’incarnation scénique est de toute beauté. Qu’on nous pardonne d’avoir préféré le mezzo opulent de en Olga, sans oublier les touchantes voix graves de Madame Larine et de Filipievna, respectivement et . Beau plateau chez les messieurs, avec le Lenski aux fragilités et aux charmes tout mozartiens de , et l’Onéguine plus brutal de , dont le bronze vocal constitue un des grands atouts de cette production. Mention particulière pour l’apparition spectaculaire de , basse profonde dont on aura apprécié la dignité et la noblesse. Triquet un peu faiblard, en revanche, de .

Très sollicités par la mise en scène de , le chœur et les danseurs de l’Opéra de Metz-Métropole, auxquels se sont joints les Élèves de la classe de danse classique du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz Métropole, se sont donné corps et âme dans un spectacle qui sait mettre les scènes de groupe en valeur. Prestation un peu routinière, en revanche, de la part d’un orchestre que l’acoustique du lieu ne flatte pas toujours, et que la direction peu passionnée de ne semble pas avoir particulièrement inspiré.

Crédit photographique : et David Bizic ; © Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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