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Les quatuors de Telemann vus par Nevermind

Pour clore en beauté l’année Telemann, un disque de l’, où des musiciens qui comptent déjà individuellement parmi les meilleurs font honneur à ces pages remarquables du prolifique compositeur allemand.

Entre autres choses, est connu pour avoir popularisé la forme du quatuor, alors que la sonate, à un dessus ou en trio, régnait en maître dans les salons d’Europe. Au mélange des sonorités (traverso, violon, viole de gambe et clavecin), Telemann ajoute celui des styles, cette « réunion des goûts » qui lui est si caractéristique.

Les musiciens de Nevermind ont choisi, après une courte fugue transcrite du clavier pour leur ensemble, d’explorer plusieurs aspects qu’a pu prendre cette forme du quatuor chez le compositeur. On a ainsi droit à l’un des six Quadri publiés à Hambourg en 1730 et rétrospectivement dénommés Quatuors parisiens, à deux des six Quatuors constituant le recueil des Nouveaux quatuors parisiens (publiés à Paris en 1738), et à un quatuor publié à Paris par Le Clerc en 1752, mais transcrit d’un quatuor pour cordes vraisemblablement composé plus de trente ans auparavant, à l’époque de Francfort. La notice revendique (au conditionnel) le titre de premier enregistrement mondial pour cette dernière œuvre ; celle-ci a toutefois été au moins enregistrée dans sa version pour cordes en 2004 par l’ensemble Harmonie universelle chez Eloquentia (EL0502).

On retrouve ainsi deux des œuvres entendues en concert sous ces mêmes doigts avant l’enregistrement de l’album. On retrouve aussi l’aisance, la clarté du discours et la complicité qui avaient transparu alors. Le son généreux, le phrasé précis, la finesse des nuances, tout relève d’une intelligence musicale remarquable, dans une musique où le plaisir ne provient pas de la virtuosité, mais de l’art de la conversation développé par les instruments, aussi bien dans les premiers quatuors de forme plutôt italienne que dans les suivants placés sous l’égide du goût français. On pourra trouver certains choix de tempos discutables, mais sans que rien ne soit sacrifié en termes d’expression ; un exemple frappant en est l’extraordinaire Modéré qui clôt le Quatuor n°6, opulent de son et remarquable dans ses mouvements de tension et de détente malgré une pulsation plutôt rapide.

La prise de son, qui met chaque instrument en valeur tout en préservant l’impression d’ensemble, achève de faire de ce disque une franche réussite. S’agissant d’un aperçu et non d’une intégrale, on ne pourra qualifier cette parution de version de référence. Mais, quand bien même les quatuors de Telemann font déjà l’objet d’une discographie imposante, on n’hésitera pas à parler d’approche de référence.

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