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La Sonate pour violoncelle de Chostakovitch et ses ascendances

La Sonate pour violoncelle et piano op. 40 de Chostakovitch est sa première œuvre d’importance en musique de chambre. La Sud-coréenne  l’inscrit dans sa filiation beethovénienne, tandis que le Norvégien l’associe au post-romantisme de Rachmaninov. Deux options aussi différentes que légitimes.

Depuis sa composition durant l’été 1934, la Sonate opus 40 de Chostakovitch est devenue un classique. Écrite pendant une période de séparation de sa première femme Nina, elle incarne ce mélange de référence à la tonalité beethovénienne et de clins d’œils à la musique populaire – juive en particulier – qui sont caractéristiques du style de musique de chambre qu’il développa après la guerre. Annonciatrice de la manière de maturité du compositeur, elle s’inscrit dans une tradition flatteuse et acceptable pour les autorités soviétiques, tout en gardant avec elles une distance caustique, et un arrière-fond d’une profonde humanité.

La violoncelliste connaît bien la France. Elle enregistre ici avec le pianiste polonais (remarqué pour un disque Tansman, Clef ResMusica), mais c’est au Conservatoire national de Paris qu’elle a obtenu son master avant de poursuivre sa formation en Allemagne. Jouant avec le Philharmonique de Radio France et l’Ensemble Intercontemporain, c’est une habituée des festivals d’été en France. Elle inscrit clairement la Sonate de Chostakovitch dans la tradition beethovénienne, tant par le programme, qui s’ouvre sur la surprenante Sonate pour violoncelle n° 4 en deux mouvements, que par le style, où la sévérité et le sérieux du jeu sont équilibrés par un son qui traduit sa part de sensibilité. Rien de féminin d’ailleurs dans cette sensibilité ; simplement, elle rappelle davantage le style à fleur de peau d’un Daniil Chafran que la démonstration souveraine d’un Mstislav Rostropovitch (par exemple) avec Chostakovitch en personne (Warner). À l’écoute de la Sonate n° 1 du compositeur sud-coréen , de 2011, on est frappé par l’excellente assimilation du langage musical européen de la seconde moitié du XIXe siècle ; la pièce trouve facilement sa place dans cet album aux références relevées, mais l’apport personnel paraît minimal.

et son partenaire pianiste  sont norvégiens, et leur album est un hommage à leur voisin russe. C’est Rachmaninov qui est convoqué ici comme ascendance de Chostakovitch, et le rapprochement est tout à fait pertinent : les deux compositeurs ne craignaient pas de donner à leurs œuvres une dimension émotionnelle, et Chostakovitch avait inscrit la sonate de son aîné à son répertoire de concert lorsqu’il menait encore de front une double carrière de pianiste et de compositeur. On sait qu’il la jouait dans les années 1935 et 1936. Sur le plan interprétatif, intimisme et sensibilité sont les maîtres mots. On peut préférer la fièvre de Trüls Mörk et Jean-Yves Thibaudet (Virgin/Erato), qui vous emporte de manière plus immédiate, mais on ne pourra dénier à  et  la cohérence et la sincérité de leur esthétique.

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