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Un Déodat de Séverac trop sage par Laurent Martin

Deux aspects artistiques se détachent de Séverac : d’une part des pièces puissantes, virtuoses, de celles qui font passer à la postérité – Cerdaña, En Languedoc, Le Chant de la terre – et d’autre part des morceaux plus légers de contenu et d’écriture. On pourra faire un parallèle intentionnel avec Albéniz, celui d’Ibéria d’une part, et celui des multitudes morceaux de salon de l’autre. Autrement dit, de l’eau et du vin.

Malheureusement pour nous, ce nouvel enregistrement déséquilibre l’approche de Séverac, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’ensemble de son œuvre, en faveur du plus léger, voire de l’anecdotique. Et qui plus est, ce n’est pas la version de qui nous enthousiasme. Car la musique de a beau ne pas mériter les effets de manche tirant sur l’affect hispanisant et larmoyant, Les muletiers devant le Christ de Llivia, œuvre phare du cycle et de toute la production, nous laisse de marbre.

Il y a certainement chez une certaine volonté de tout maîtriser, quitte à oublier de se lâcher un peu, de chanter avec retenue, ou de laisser s’envoler quelque peu ces mélodies magnifiques. Si la musique seule peut faire illusion dans Cerdaña, si elle peut parler d’elle-même tant son pouvoir évocateur est fort, « En vacances » mérite autre chose que ces rébarbatifs passe-temps. Certes, le jeu très classique du pianiste trouverait ses auditeurs dans des œuvres surjouées où tous les excès auraient été dis, et où la nécessité aurait conduit à une sobriété salvatrice. Mais devant la pauvreté des éditions consacrées à Séverac, rien ne justifie une telle production, en comparaison de Ciccolini, Jean Joël Barbier ou François-Michel Rignol.