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Kurt Weill story, histoire de l’Académie de l’Opéra de Paris

Après Reigen de Philippe Boesmans, l’actuelle promotion de l’Académie de l’Opéra de Paris s’attaque à l’univers de . Dommage que la conception de ce théâtre musical intitulé Story ne soit pas suffisamment convaincante pour porter au mieux ces jeunes talents lyriques.

L’Académie de l’Opéra de Paris forme pour cette saison une trentaine de jeunes artistes destinés à devenir chanteurs solistes, chefs de chant, musiciens d’orchestre ou metteurs en scène. Elle accompagne aussi de jeunes professionnels de la couture, de la perruque et du maquillage, de la menuiserie, de la tapisserie et de l’ingénierie d’étude dans le perfectionnement de leur savoir-faire et de leur art. Quoi de mieux qu’une audition pour un spectacle de Kurt Weill pour marquer l’étape importante de la carrière de cette nouvelle promotion ! C’est l’argument du théâtre musical Kurt Weill Story concocté par , metteur en scène en résidence à l’Académie durant la saison 2015-2016.

Mais à y regarder de plus près, la conception de ce spectacle comporte en réalité peu de prises de risque. La première partie basée seulement sur l’audition en tant que telle se révèle être un récital de chant plus que du théâtre musical. Les candidats (et les airs) s’enchaînent sans qu’une trame dramatique ne se construise véritablement malgré la ponctuation de quelques effets amusants. Présentés comme des « stéréotypes du monde de l’opéra », les rôles sont abordés avec superficialité (à un point tel que chaque personnage porte le nom de son interprète). Leurs caractéristiques sont bien trop limitées pour donner l’opportunité à ceux qui les matérialisent d’offrir une incarnation intéressante. A quelques exceptions près.

La soprano est exceptionnelle en diva professeur de chant. Coup de cœur de ce soir, elle donne à son rôle une consistance bien plus marquée que le reste de la troupe, élégante du bout des ongles jusqu’à ses talons vertigineux, sublime dans le costume de , elle fait éclater de rire une salle conquise par ses excès et son maniérisme jubilatoires. Soutenue par un quintette à cordes lors de son intervention (ce sera principalement du piano/voix pour les autres protagonistes), la projection est d’une belle ampleur, le timbre pulpeux est riche en couleurs, l’expressivité de son chant flamboie littéralement dans le Vissi d’arte de Puccini.

rayonne avec un personnage bien différent, celui de la « parfaite assistante du metteur en scène ». Le rôle a pourtant peu d’intérêt, tout en étant pourvu de trois interventions (le duo avec sur Speak Low extrait de One Touch of Venus, le duo de la jalousie avec extrait de Die Dreigroschenoper, et Je ne t’aime pas en solo) que la soprano sublime avec finesse et talent, particulièrement lors de sa déclaration d’amour brûlante en français. Ce Je ne t’aime pas sur un texte de Maurice Magre est une étrange merveille. Le volume est bien moins percutant que chez sa comparse, mais sa fraîcheur marquée par un timbre clair et léger ainsi qu’une jolie pointe de vibrato, caractérisent avec justesse une assistante frêle et juvénile.

est la troisième à nous interpeller. La « candidate fantasque » ne sort pourtant pas du lot lorsqu’elle passe son audition avec My Ship. Mais One life to live également extrait de Lady in the Dark (1940) donne un beau terrain de jeu à cette voix ardente. La jeune soprano se délecte de chaque mot et de chaque note, abordant avec une espièglerie, une assurance et un naturel évident un rôle comique qu’elle rehausse à merveille.


La deuxième partie débute par la pause de l’audition, permettant ainsi de faire naître quelques amourettes et désillusions du même ordre, entraînant même l’annulation de l’épreuve. Au-delà des situations qui se succèdent sans grande originalité, le spectacle donne (enfin !) l’occasion de mettre en exergue l’esprit de troupe que les académiciens ont su ensemble construire au fil des mois. Les duos amoureux entre la mezzo-soprano (la plus jeune candidate) et le ténor (le candidat romantique) sur It never Was You extrait de Knickerbocker Holiday (1938), et entre la soprano (l’amie de la candidate fantasque) et le ténor (le metteur en scène blasé) alternent avec des ensembles bien menés. Citons le sextuor féminin sur Alabam Song extrait de Aufstieg und Fall der Stadt (1930), le quatuor masculin Le grand Lustucru extrait de Marie-Galante (qui tombe comme un cheveu sur la soupe !) ou encore le pétillant Ice Cream Sextet extrait de Street Scene (1946). Trop régulier, le jeu avec le quatrième mur est perçu plus comme un exercice que comme un élément véritablement opportun, c’est l’impression générale de ce Kurt Weill Story.

Crédits photographiques : Kurt Weill Story © Studio j’adore ce que vous faites

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