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Compositeurs inspirés avec Gianandrea Noseda à Washington

Pour sa première saison à la tête du , propose au public du Kennedy Center des programmes savamment travaillés. Illustration avec ce concert où Mozart et Stravinsky rendent hommage à Bach et Debussy.

Pour un compositeur, se référer explicitement à l’un de ses prédécesseurs n’est pas forcément un simple hommage à la personne. Il peut également signifier par là ce que sa musique avait alors, selon lui, de moderne et de visionnaire. Ayant entendu des œuvres des Bach chez le baron van Swieten, Mozart sut en reconnaître l’intérêt et transcrivit notamment pour cordes une fugue à trois voix pour clavier de Wilhelm Friedemann. Agrémentée d’un Adagio entièrement de Mozart, cette œuvre permet d’entendre les cordes bien affûtées du (NSO) en ouverture. Renforcée d’une contrebasse qui double les violoncelles à l’octave, la phalange réduite souligne bien l’originalité du sujet tout en chromatismes et en syncopes, avec célérité et précision.

Au complet, l’orchestre est ensuite rejoint par pour le Concerto pour violon en ré majeur de Stravinsky. Inspirée par Johann Sebastian Bach, cette œuvre d’une difficulté redoutable est, bien davantage qu’un hommage, un véritable foisonnement d’idées musicales très personnelles, et très précisément indiquées dans la partition. Il n’y a pas trente-six façons d’interpréter ce concerto, et , qui le joue depuis des années, y est absolument irréprochable. Du fameux accord de deux octaves et demi qui ouvre chacun des quatre mouvements, au vibrato intense de l’Aria II ou aux parties extrêmement virtuoses de la Toccata ou du Capriccio final, la violoniste impressionne par sa maîtrise et sa présence, à mi-chemin entre la décontraction (relative) d’un Gil Shaham et l’énergie démonstrative d’une Patricia Kopatchinskaja. Tout juste donne-t-elle l’impression par moments dans le premier mouvement de lutter face à l’orchestre pour se faire entendre, dans la vaste salle en boîte à chaussures du Kennedy Center. L’orchestre quant à lui est très précis et évite l’obstacle de la dureté excessive. Les duos avec la soliste (notamment celui de la flûte à la fin de l’Aria II et celui du premier violon dans le Capriccio) sont très beaux, et l’emballement final, avec le parti pris d’un très grand crescendo, est particulièrement réussi.

Après la pause, ce sont les vents qui sont à l’honneur pour un autre hommage de Stravinsky, à Debussy cette fois. Symphonies pour instruments à vent qui en 1920 ouvre cette période dite « néoclassique » emplie de tels « hommages », possède un langage harmonique proche de celui du compositeur français disparu peu auparavant. Mais les motifs et les procédés d’écriture sont là aussi très personnels. Le public de la capitale américaine semble quelque peu déconcerté par cette œuvre inhabituelle (ce n’est et ne sera pas le seul), mais Noseda l’a soigneusement préparée. Malgré une battue plutôt rapide et quelques faiblesses à la clarinette, les musiciens, attentifs et investis, livrent une version solide et convaincante de la partition (légèrement) remaniée en 1947.

Enfin, retour à Mozart pour la Symphonie n° 39, que dirige en concert pour la première fois. Cette symphonie se distingue, comme les deux autres que compte la dernière série, par sa densité et ses accents dramatiques, malgré sa tonalité de mi bémol majeur. Le chef italien confirmera en causerie d’après-concert que c’est bien cette dernière caractéristique qui l’intéresse ici. Pour l’heure, il ne semble pas avoir été complètement entendu dans le premier mouvement, tant les lignes, bien que parfaitement dessinées, paraissent superficielles, en particulier dans l’introduction adagio. Heureusement, la musique acquiert plus de profondeur dans les trois autres mouvements. La clarté de l’orchestre, l’agilité et l’investissement des musiciens, conviennent pleinement à Mozart et épousent les intentions du chef. Visiblement, le National Symphony Orchestra est en de bonnes mains.

Crédits photographiques : Gianandrea Noseda © Gianandrea Noseda