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Leila Josefowicz et Mikko Franck emballent le public

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 05-IV-2013. Igor Stravinski (1882-1971) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur. Jean Sibelius (1865- 1957) : Symphonie n°2 en ré majeur Op.43. Leila Josefowicz : violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck.

Le programme simple mais original de la soirée avait l’avantage de présenter deux œuvres pas si souvent célébrées dans nos salles parisiennes, avec le Concerto pour violon de Stravinsky suivi de la Symphonie n°2 de Sibelius. Ce n’était pas forcément gagné d’avance pour les interprètes en charge de défendre ces deux pièces, ce pari fut totalement réussi tant la violoniste, le chef et son orchestre se montrèrent brillamment inspirés.

Ecrit en 1931 le Concerto pour violon de Stravinsky fait entendre dans ses quatre mouvements bien des réminiscences toutefois moins explicites que dans Pulcinella, les difficultés techniques, surtout pour la soliste ne manquent pas, et réussir l’unité des quatre mouvements y est souvent une gageure. Dès le début de Toccata on eut le sentiment que les choses allaient se mettre impeccablement en place avec un violon solide qui traçait droit son chemin dans les multiples embuches de la partition, passant avec aisance et fluidité des sections rythmiques aux mélodiques, et une petite harmonie exemplaire dans son dialogue avec le violon solo. Le développement de ce premier mouvement confirmait les premières impressions, en particulier de la part de qui sembla dominer la partition sans trembler. Les deux Aria qui suivirent, chacune de ton légèrement différents, apportèrent une touche de romantisme et de lyrisme qui restèrent, sous l’archet de la violoniste canadienne, très digne, sans épanchement superflu, sans la moindre trace de vulgarité. Belle réussite que le Capriccio final pris à un train d’enfer allait encore plus sublimer, grâce à un archet d’une sureté quasi absolue, à une justesse exemplaire malgré les difficultés, à un accord parfait avec la direction brillante et digne à la fois de , et à un orchestre qui fit un sans faute. Le public se montra franchement enthousiaste devant cette superbe réussite dans une œuvre pourtant pas si facile. Et pour rester dans l’originalité, offrit un bis assez peu usité, extrait de Lachen verlernt (2002) pour violon d’Esa-Pekka Salonen, qui a par ailleurs écrit pour elle un concerto pour violon qu’ils créèrent ensemble en 2009.

Quelques années après Salonen et son LA Philharmonic voici un autre Finlandais, , à la baguette pour la Symphonie n°2 de . Si l’aîné des deux chefs ne nous avait, à l’époque, pas totalement convaincus, le cadet a rectifié le tir avec une interprétation d’un bout à l’autre captivante de cette symphonie aux accents héroïques voire tchaïkovskiens dans certaines interprétations. Si Mikko Frank joua totalement le jeu de la grandeur héroïque ou passionnée de cette partition, il le fit avec une rigueur et une absence de pathos explicite qui fit disparaitre toute référence à Tchaïkovski sans jamais assécher le propos et le rendre sec ou aride. Il maintint constamment la tension en faisant se répondre les cordes, les cuivres et les timbales, trois ensembles à qui le chef demanda une intense présence expressive, n’hésitant pas à faire sonner glorieusement les cuivres ou puissamment les timbales. Il nous offrit ainsi une version vigoureuse, portée par des choix de tempo assez vifs, où la demi-teinte et le clair obscur cédaient la place à la pleine lumière, ce qui culminera, comme on peut s’en douter, dans un diptyque final irrésistible. Le niveau d’exécution de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France fut ce soir impressionnant, nous rappelant les remarquables concerts Brahms avec Gustavo Dudamel, montrant que cet orchestre est décidément capable de grandes choses quand le chef l’inspire. D’ailleurs pour faire bonne mesure, chef et orchestre ne prirent pas immédiatement congé du public, leur offrant en guise d’au revoir une Valse triste droite comme un « i », sans l’ombre d’une sollicitation malvenue.

Crédit photographique : Leila Josefowicz © Henri Fair

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