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Programme mixte Duato/Hernandez par les Ballets de Monte-Carlo

La reprise par les du chef-d’œuvre de , White Darkness, est une réussite. En première partie, le jeune chorégraphe nous entraine dans l’univers décalé du cabaret, avec sa création The Lavender Follies. Ce programme de clôture de la saison des parie sur la rencontre entre la maîtrise d’un chorégraphe confirmé et la fantaisie d’un chorégraphe à ses débuts.

A l’instar de Jeroen Verbruggen, l’Américain fait partie de ces jeunes chorégraphes issus des Ballets de Monte-Carlo, à qui a donné l’opportunité de faire éclore leur talent. A 30 ans, c’est la première fois que le danseur et chorégraphe du Semperoper Ballett de Dresde a la possibilité de chorégraphier pour la compagnie monégasque.

Sa proposition, intitulée The Lavender Follies, nous plonge dans l’atmosphère d’un cabaret américain des années folles, évoquées par les lustres art déco et un fauteuil de velours. Entouré d’une équipe de trentenaires comme lui, les artistes plasticiens formés à Monaco Yannick Cosso et Jordan Pallagès, et le compositeur Johannes Till, Hernandez mélange les genres – cabaret, comédie, danse, chant et même lutte. Des personnages loufoques naissent de son imagination : la présentatrice, Madame, son assistant, des danseuses de cabaret mais aussi un chirurgien, un homme habillé d’un tablier de forgeron, un duo de lutteurs, et une mystérieuse élégante – patronne, spectatrice ? – assise dans un fauteuil tout au long du spectacle, jusqu’à la dernière scène où elle se lève pour saluer.

Les premières minutes, danseurs et danseuses entament un ensemble dynamique, jouant sur le rythme et les ruptures. Les attaques énergiques alternent avec des arrêts brusques et nets. L’intrusion du personnage du chirurgien marque l’introduction de l’absurde et vient casser une mécanique qui semblait bien huilée. Son rôle interroge et l’on reste un peu perplexe en le regardant ôter l’un après l’autre tous ses vêtements. L’humour n’est jamais loin et l’on sourit lorsqu’un autre personnage le charge sans ménagement sur son dos pour le ramener en coulisses. Madame (Loyale) vient ensuite annoncer le menu du spectacle. Le ton est donné : nous verrons « un peu de tout … et de n’importe quoi » ! La danse se fait moins présente dans cette partie, qui mise davantage sur l’humour, le décalage et le mélange des genres. Se succèdent alors avec un brin de monotonie scène de lutte au sol entre deux danseurs/lutteurs, numéro de comédie de la présentatrice et de son assistant, et chant. Bouquet final, la pièce se termine en fanfare joyeuse, chaque personnage répétant une partie de sa chorégraphie, comme si le numéro déraillait dans un rythme fou.

Chorégraphe inventif à l’univers très personnel, Hernandez présente des qualités chorégraphiques certaines. Les parties dansées mériteraient néanmoins d’être davantage développées et la cohérence de certains passages retravaillée pour emporter une complète adhésion.

Créée en 2001 par l’Espagnol pour la Compañía Nacional de Danza, White Darkness est une pièce-hommage à la sœur du chorégraphe, décédée prématurément. Alliant sobriété, intensité et émotion, White Darkness est un petit bijou, qui entre au répertoire de la troupe monégasque. Sous l’œil attentif de Nacho Duato en personne, la troupe s’est appropriée avec talent cette pièce, d’une virtuosité époustouflante, sur la musique au rythme intense de Karl Jenkins. Le vocabulaire néoclassique, qui se caractérise par de grands développés, des duos avec jambes jetées à l’écart, une écriture précise, fluide et rapide, présente des points communs avec celui de Jirí Kylián, mentor de Nacho Duato. Le duo central, qui symbolise la lutte d’une femme contre l’addiction à la drogue et qui évoque la figure de la sœur disparue, est magistralement incarné par Anna Blackwell et . Ce dernier, danseur italien au physique de jeune premier, a su gagner en maturité et en profondeur dans l’interprétation. La référence à la drogue et à ses ravages est explicitée par la poudre blanche qui tombe en pluie du plafond, créant un contraste lumineux avec l’ombre dans laquelle est plongée la scène, et un effet visuel spectaculaire et poignant. Évitant l’écueil du dogmatisme, la pièce laisse place à l’imagination du spectateur et à une dimension plus universelle.

A l’image de cette saison 2017-2018 qu’il vient clore, ce programme mixte allie intelligemment nouvelle création et reprise d’une œuvre majeure du répertoire néoclassique.

Crédits photographiques : © Alice Blangero