Danse , La Scène, Spectacles Danse

Gat / Duato / Preljocaj : Lyrisme et austérité

Plus de détails

Paris. Opéra Garnier. 2/V/09. Ballet de l’Opéra national de Paris : Gat/Duato/Preljocaj. Hark ! (création mondiale). Chorégraphie, costumes et lumières : Emmanuel Gat. Musique : John Dowland. White Darkness (2001). Chorégraphie : Nacho Duato. Musique : Karl Jenkins. Décors : Jaffar Chalabi. Costumes : Lourdes Frias. Lumières : Joop Caboort. MC 14/22 « ceci est mon corps » (2001). Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Création sonore : Tedd Zahmal. Costumes : Daniel Jasiak. Lumières : Patrick Riou. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris.

Programme contemporain à Garnier, avec les reprises de White Darkness de et du controversé MC 14/22 d’. Le chorégraphe israélien Emmanuel Gat, désormais installé à Istres avec sa compagnie, offre au Ballet de l’Opéra une création mondiale exclusivement féminine intitulée Hark !

C’est un groupe de femmes, austères et attentives les unes aux autres comme le suggère le titre Hark !, qui signifie «attention extrême» en anglais élisabéthain. Pour cette première création pour le , le chorégraphe israélien Emmanuel Gat a fait confiance au corps de ballet en choisissant une choryphée () et un sujet () pour les rôles principaux. Retrouvant le hiératisme des Willis ou des Cygnes des deuxièmes actes des ballets blancs, ces amazones guerrières sont des biches aux aguets qui semblent à la fois lutter pour le pouvoir et pour leur survie.

Sur le fond métallique d’un faux rideau de fer, elles composent un bouquet de fleurs qui auraient pu être encore plus vénéneuses. Leur vocabulaire gestuel est restreint, répétant les mêmes gestes de mains glissées derrière la tête, de ports de bras ou de hanches détournées. Avec la rigueur de religieuses, justaucorps noir et queue de cheval tirée, elles sont les gardiennes d’un ordre strict et sévère. Cette rigueur est renforcée par l’usage des pointes sur lesquelles elles font des stations prolongées. Seules les deux danseuses principales, et , prêtresses ou sacrifiées, se singularisent par leurs pieds nus et tirent par là même leur épingle de ce jeu cruel.

Plus de lyrisme et d’inquiétude dans White Darkness de , repris pour la première fois depuis son entrée au répertoire du Ballet en 2006. Dans cette deuxième distribution (la première étant assurée par ), illumine d’un éclat sombre cette pièce du digne héritier de Jiri Kylian qui combine rapidité et virtuosité technique. Si l’on déplore quelques tics, comme l’usage grandiloquent des douches, ces puits de lumière qui éclairent un jet de poudre ou les épaules saccadées sur une musique de cordes répétitive, d’autres postures sont plus intéressantes. Les sauts retenus ou bridés des danseurs, leurs arabesques ou développés à la seconde, mais aussi des portés fulgurants offrent un certain brio à cette pièce par ailleurs émouvante. Douloureux et tumultueux, le pas de deux final consacre et , tous deux d’une grande maîtrise scénique.

Des trois chorégraphes contemporains de ce programme, demeure malgré tout celui dont l’inventivité gestuelle et la puissance conceptuelle est la plus forte. Dans cette reprise de MC 14/22 «ceci est mon corps» (verset de l’Evangile selon St Marc qui évoque la Cène), le chorégraphe explore l’esthétique du corps christique, supplicié, torturé, orant, dans la souffrance ou dans la réjouissance. Les séquences se succèdent, des cellules superposées où s’exposent les corps aux tables de dissection ou de supplice pour duos musclés. Les tables se regroupent ensuite pour de vastes tableaux vivants où l’on reconnaît les 12 apôtres, qui témoignent d’une grande connaissance de la statuaire et de la peinture religieuse. Les séquences deviennent de plus en plus difficiles à soutenir : un chanteur dont on altère les cordes vocales, un danseur dont on entrave progressivement le corps avec du scotch de déménagement. Les danseurs, tous masculins, mettent ensuite à l’épreuve leur virilité dans des sauts de l’ange hypnotiques ou en s’enduisant le visage de boue. Dans chacune de ces séquences, l’engagement physique des danseurs est exceptionnel. Ils forment un bloc d’airain au service de la chorégraphie, aussi dérangeante soit-elle.

Crédit photographique : Stéphanie Romberg dans Hark ! ; MC 14/22 «ceci est mon corps» © Agathe Poupeney/Opéra National de Paris

Plus de détails

Paris. Opéra Garnier. 2/V/09. Ballet de l’Opéra national de Paris : Gat/Duato/Preljocaj. Hark ! (création mondiale). Chorégraphie, costumes et lumières : Emmanuel Gat. Musique : John Dowland. White Darkness (2001). Chorégraphie : Nacho Duato. Musique : Karl Jenkins. Décors : Jaffar Chalabi. Costumes : Lourdes Frias. Lumières : Joop Caboort. MC 14/22 « ceci est mon corps » (2001). Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Création sonore : Tedd Zahmal. Costumes : Daniel Jasiak. Lumières : Patrick Riou. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.