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Déroutant Paris-Moscou pour Christian-Pierre La Marca et Lise de la Salle

Pour son quatrième disque chez Sony Classical, le violoncelliste Christian-Pïerre La Marca s’unit pour la première fois en studio à sa partenaire pianiste privilégiée depuis quelque temps, .

Le titre flatteur, énoncé à la manière d’un plan de vol ou d’une ligne de train, annonce un programme sans doute plus conçu dans la perspective du concert que du disque avec l’annexion de quelques pages arrangées pour violoncelle et piano (Pavane ou Berceuse de Fauré, Chanson russe extraite de Mavra de Stravinsky, marche de l’Amour des trois oranges) ou de transcriptions discutables voire kitsch de pages célèbres d’opéras signées Saint-Saëns ou Massenet. L’on regrettera que la monumentale Sonate opus 19 de Rachmaninov ne soit pas ici mise en regard d’une autre, bien française, due par exemple à Saint-Saëns ou Fauré. Cet enregistrement se conclut par une déroutante « adaptation » du Vol du bourdon issu du Tsar Saltan de Rimski-Korsakov, pour voix et violoncelle (!) due au soliste et à la chanteuse jazzy Camille Bertault, soit une vision volontairement décalée entre parodie d’un goût douteux et fantaisie néo-cagienne.

Sur le plan de l’interprétation, l’on connaît de longue date les qualités de son et de legato de , notamment pour les quelques disques qu’il a réalisés par le passé au sein du Trio Dali. La quasi vocalité de son approche instrumentale n’est jamais prise en défaut, sa tenue d’archet est irréprochable, notamment dans d’impeccables et incisifs Papillons de . Mais peut-être ce ton gourmé et cette manière affectée « d’en imposer » de manière un peu univoque et expansive laisse-t-elle peu de place à une partenaire de choix comme . Il faut les forte de l’Élégie de Fauré et surtout les méandres de la Sonate opus 19 (plutôt conçue pour piano et violoncelle, d’ailleurs) de Rachmaninov pour retrouver la pianiste telle qu’en elle-même.

Cette dernière œuvre est sans doute la meilleure et substantielle part de ce disque fourre-tout. Sans atteindre l’impact dramatique de la version du tandem Truls Mørk/ Jean-Yves Thibaudet (Virgin), ou l’épanchement lyrique d’un Gary Hoffman admirablement relayé par Jean-Philippe Collard (Warner, à rééditer), la présente version certes un peu trop arrondie ou édulcorée retient bien plus l’attention que le pugilat sonore assez rébarbatif du récent enregistrement d’Alisa Weilerstein en lutte avec un bruyant Inon Barnatan (Decca). De quoi sauver pour les mélomanes les plus exigeants, un disque trop hétéroclite où a tendance à trop « sucrer le sucre », et dans un contexte d’égotisme sonore et d’éloquence à court terme, à peut-être trop repousser sa partenaire favorite Lise de la Salle hors du feu de l’action musicale, dans une perspective d’enregistrement déjà déséquilibrée par les options du preneur de son.