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Rumon Gamba à la (re)découverte de Dag Wirén

Le label Chandos Records, souvent adepte de projets éditoriaux monographiques ambitieux, se lancerait-il dans une série d’enregistrements consacrés au Suédois ? Le présent disque, splendidement capté, est en tout cas une belle opportunité de (re)découvrir ce compositeur scandinave adepte d’un néo-classicisme très pur de forme et d’expression.

partagea sa formation entre Stockholm avec le très sérieux et passéiste Ernst Elberg et Paris avec le plus « moderne » Leonid Sabaneiev. S’il  croyait « en Bach, Mozart, Nielsen et en la musique absolue » (dixit le compositeur), ses compositions sont très décantées et économes sur le plan du nombre des motifs employés, avec cependant une imagination des plus fertiles. Sans jamais tomber dans le pathos qu’il avait en horreur, Wirén est un maître de la suggestion et de la rapide métamorphose des atmosphères musicales. Il n’est guère étonnant que « voulant aussi divertir, distraire et rendre l’auditeur heureux » (ibid.), il ait été très sollicité pour le théâtre ou le cinéma (notamment Ingmar Bergman), et a même composé pour représenter son pays au concours Eurovision 1965  la chanson Absent friend conçue comme une parodie d’opérette et défendue à l’époque par… le baryton Ingvar Wixell !

La Symphonie n°3 retient de l’esprit néo-classique une très grande concentration thématique : l’œuvre est conçue au départ d’une simple gamme « germinale » modale répétée à l’envie au début et retient de Carl Nielsen précisément voire même de Sibelius (dans sa propre troisième symphonie) l’idée de développement continu et évolutif des idées sur l’ensemble de l’œuvre et dans ses mouvements vers toujours plus de complexité et d’expressivité distanciée dans l’habile montage du final. La version de Ramon Gamba avec un assez modeste mais efficace se heurte à la concurrence féroce du disque gravé par avec l’orchestre symphonique de Norrköping pour CPO voici une petite vingtaine d’années. La présente version, par comparaison, manque de dynamisme motorique, témoigne d’une gestion plutôt atone, gauche et erratique des contractions et dilatations de tempi au fil des mouvements extrêmes ; elle n’est pas exempte d’un certain prosaïsme au cours d’un adagio par ailleurs trop étalé.

Pour la Sérénade pour cordes op.11, petite merveille de fraîcheur et véritable réservoir de jingles musicaux en puissance par ses thèmes courts et entêtants (la marche finale notamment), Gamba recourt malheureusement à un effectif assez fourni de cordes. Les pupitres de violons en particulier s’avèrent parfois approximatifs voire désordonnés. Et même si le chef affiche à la fois une bonhomie plaisante et une distinction élégante, il ne fait pas oublier la délicieuse version de Neville Marriner (Decca Eloquence) avec son Academy of  St-Martin-in-the-fields ni surtout l’incisif Esa-Pekka Salonen avec le Stockholm sinfonietta dans un de ses tous premiers enregistrements (Bis 1984).

Ce disque s’impose d’avantage par les deux dernières œuvres retenues presque en compléments, absolues raretés au disque, en dehors d’anciennes versions suédoises difficilement disponibles. Dans ce qui constitue la meilleure portion de ce CD, Gamba et ses forces islandaises trace au cordeau un Divertimento op.29 plus tardif (153-57) et presque spartiate par son économie motivique : son relatif dessèchement rappelle le Stravinsky américain des années 40 ou le Walton de la deuxième symphonie, à peu près contemporaine. Mais peut-être, de nouveau, le chef anglais épaissit-il un peu trop le trait de la juvénile et modeste Sinfonietta de 1934, composée à Paris dans le lointain sillage du groupe des Six , et voit l’esprit ludique et léger de cette très agréable musique lui échapper.

Au total, pour ce programme attractif et loin des sentiers battus, un peu plus d’incisivité et d’implication, doublées d’une finition orchestrale plus serrée et raffinée, n’auraient franchement pas nui à l’ensemble. Bref, un enregistrement frustrant.