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Le festival des Nuits romantiques célèbre la musique de Grieg

Depuis 1995, le festival des Nuits romantiques autour du lac du Bourget s’attache chaque année à un grand compositeur romantique autour duquel s’articule la programmation, élaborée par , son enthousiaste directeur artistique. Cette année, le musicien à l’honneur était .

Le concert d’ouverture débute ainsi par la Suite Holberg, occasion de découvrir l’ensemble de chambre de Neuss, une formation bien connue des discophiles. Vingt-quatre cordes (réparties en 8-6-4-4-2) qui donnent une belle exécution de cette suite, sous la baguette précise et claire de , fils de Myung Wung Chung. Pour le concerto du même Grieg qui suit, l’adjonction des bois par deux, et des cuivres dont quatre cors et trois trombones vient déséquilibrer l’ensemble, les cordes n’étant, elle, pas renforcées. Quant à , ancien directeur artistique du festival, il veut être fidèle aux quelques mots introductifs qu’il a prononcés, tirant Grieg vers Liszt plus que vers Schumann. D’où une conception très virtuose et pas mal de prises de risque (parfois non sans accrocs). L’équilibre d’ensemble est plus convaincant dans la Symphonie n° 2 de Beethoven, à l’orchestration plus légère, qui conclut le concert avec un bel élan.

Le lendemain, la bonbonnière du théâtre du casino accueille, dans une salle comble, le retour de dans un programme d’un heureux classicisme, obligeant le violoniste à une relative et bienvenue sobriété. En première partie, le Nigun de Bloch par son caractère d’apparence improvisée met en valeur le lyrisme volontiers rhapsodique du soliste. Quant à la troisième sonate de Grieg, son écriture, caractéristique du musicien norvégien peu enclin aux développements classiques mais plutôt à la prolifération de cellules mélodiques successives aux tournures souvent populaires, s’accorde elle aussi au style extraverti de Radulović. Le sommet du récital vient à notre sens dans la sonate de Debussy, d’une réelle concentration intérieure, où l’osmose avec se révèle à son meilleur. En revanche, le Poème de Chausson, qui perd décidément beaucoup sans la richesse de son écriture orchestrale, manque de tension intérieure, avant que les démons du violoniste ne reprennent le dessus dans Tzigane ; certes spectaculaire, y compris visuellement, Radulović arpente la scène, se tord, se cabre, bref impressionne l’auditoire conquis, mais au détriment souvent de la qualité du son et de la pureté d’intonation, défauts poussés à leur comble dans la Danse macabre de Saint-Saëns donnée en bis, plus proche de Fantasia que de l’original. Heureusement le doux lyrisme de la « Chanson que ma mère m’apprenait » de Dvořák vient conclure de façon plus apaisée ce récital globalement superbe et original.

Le dimanche, une navette traverse le lac pour deux concerts dans la splendide grange batelière, dépendance de l’abbaye de Hautecombe, qui permettent de retrouver de nouveau Grieg. Le Quatuor Yako, composé de jeunes musiciens issus du CNSM de Lyon associe judicieusement les deux quatuors, en sol mineur l’un et l’autre, de Grieg et Debussy, deux compositeurs qui se vouaient (à distance) une estime réciproque. Mais le style au lyrisme très fin de siècle de l’unique quatuor de Debussy convient manifestement mieux au quatuor que celui de Grieg dont, comme dans la Troisième sonate, l’écriture expose tour à tour les différents instruments, mettant ainsi en évidence les limites propres de musiciens dont l’homogénéité et le jeu d’ensemble l’emportent sur les qualités de virtuosité individuelle.

Au début de l’après-midi, le trio Métral, composé de trois frères et sœur, place en début de programme le sombre Andante de Grieg, seul mouvement subsistant d’un trio jamais achevé, avant une partition du jeune Sibelius, qui n’annonce en rien la concentration du symphoniste futur, et le magnifique second Trio de Mendelssohn, pur chef d’œuvre emporté avec exaltation par un trio manifestement appelé à devenir l’un des grands ensembles constitués.

Crédits photographiques  : © Festival des Nuits romantiques