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Andris Poga et Nicholas Angelich dans le rare 4e de Rachmaninov

Trois jours après Aix-en-Provence, est à Paris avec « son » orchestre de Lettonie et maintient cette fois au programme le rare Concerto n°4 de Rachmaninov, avec .

En cette année de célébration du centenaire de la création de l’État de Lettonie, l’, que dirige depuis 2013, ne pouvait pas ne pas ouvrir la soirée par – « le » grand compositeur letton actuel. Sa Musica Appassionata, poème pour orchestre à cordes d’une vingtaine de minutes, ne manque en effet pas de personnalité. Exécutée avec flamme par la formation lettonne, cette œuvre déploie une forte dramaturgie interne, presque cinématographique. Si l’influence de Penderecki ne peut être ignorée, Bernard Herrmann n’est pas loin non plus par instant. Une belle découverte que cette entrée en matière pleine de caractère.

L’orchestre est rejoint ensuite par pour le dernier et probablement le moins connu des concertos pour piano de Rachmaninov. S’il faut plusieurs minutes au piano et à l’orchestre pour se rencontrer vraiment et s’incorporer l’un à l’autre, on assiste à partir du milieu du premier mouvement (Allegro vivace) à une belle symbiose entre le soliste et la formation balte. Leur interprétation empreinte d’héroïsme confère à cette œuvre, souvent critiquée pour son manque d’unité, une réelle cohérence. On apprécie en outre, dans les passages plus rêveurs comme le deuxième mouvement, le dialogue réussi entre un Nicholas Angelich à son meilleur niveau et, alternativement, les cordes, les flûtes, la clarinette, le hautbois ou le basson. Poga et Angelich réussissent ensemble une magnifique version. Rappelé, celui-ci offre en bis dans le recueillement une Rêverie de Schumann d’une tendresse absolument fondante.

L’orchestre symphonique de Lettonie va encore démontrer l’étendue de ses qualités dans la Symphonie n° 6 de Tchaïkovski : la bien nommée « Pathétique ». Maintenant un niveau de jeu irréprochable pendant la quarantaine de minutes d’exécution, il parvient à insuffler à cette œuvre monumentale une vigueur et un élan très justes. Loin de dénaturer l’esprit de la symphonie, l’air frais apporté par la formation lettonne ne rend que plus inquiétants les passages les plus noirs de l’œuvre – avec notamment des cuivres de tout premier plan dans le premier mouvement – et plus allègres les pages d’espoir (deuxième et troisième mouvements), jusqu’à la lamentation finale, particulièrement vibrante. Dans cet hymne déchirant, élevé par une formation de plus en plus réduite, Andris Poga mène les cordes jusqu’à l’extrême épuisement de la musique et du son, dans un quadruple pianissimo parfaitement maîtrisé. C’est ainsi que le concert prend fin comme il a commencé : sur la plainte sourde d’un orchestre à cordes.

Crédit photographique : ©  Marc Jinot