- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Actéon/Pygmalion : un rafraichissant premier degré à Versailles

Au moyen d’une mise en scène baroquisante et d’une distribution égale et de belle tenue, l’Opéra Royal de Versailles propose à travers le dyptique Actéon/Pygmalion, un intéressant portrait de l’opéra français aux XVIIet XVIIIe siècle.

Voici plusieurs saisons que l’Opera Atelier de Toronto s’impose à l’Opéra Royal de Versailles par une forme de résurgence de la scénographie baroque dont le public est friand. Marshal Pynkoski ne propose pas une reconstitution à l’image du travail universitaire fouillé effectué par Jean-Marie Villégier pour la renaissance de l’Atys de Lully, mais le premier degré décoratif et festif, parfois régressif, proposé par le metteur en scène, apparaît vite très réjouissant dans le renouvellement du langage baroque qu’il propose. Un décor de toiles peintes, des robes de taffetas moirés aux styles mélangés mais qui conservent un « esprit » Grand Siècle, des chorégraphies de Jeannette Lajeunesse Zingg qui regardent vers les menuets sans renoncer à l’ampleur des sauts qui apparaîtront ultérieurement, des emprunts au cartoon… Tout concours à un spectacle haut en couleurs, tout en séduction et joliesse, aboutissant à un feu d’artifices de cotillons.

Le programme est plutôt intéressant juxtaposant deux œuvres illustrant deux sensibilités du baroque français et entrecoupées d’une partition contemporaine d’Edwin Huizinga, regardant vers les partitas de Bach dans un dialogue élégant entre le violon et le danseur et chorégraphe Tyler Gledhill. Car entre Actéon, conte moraliste qui voit le châtiment du désir s’accomplir, et Pygmalion glorifiant l’amour et l’esprit créateur, il existe un gouffre que prolonge la différence entre la musique narrative de Charpentier, très sensible à la prosodie de la langue française, et celle, beaucoup plus décorative et dansante de Rameau.

La distribution assume parfaitement ces deux univers à commencer par qui interpelle par la clarté de son timbre de haute-contre et la limpidité de sa diction. Que ce soit la plainte d’Actéon, ou le pyrotechnique « lance tes traits » de Pygmalion, rien ne semble résister au ténor qui malgré la vaillance de sa projection, ne manque pas de nuances.

Autour de lui, une distribution féminine efficace d’où émerge la Junon/Céphise d’ avec sa voix opulente et corsée soutenue par une projection savamment dosée au service d’une interprétation marquante. Mireille Asselin expose quant à elle une jolie voix, lumineuse et bien conduite, au phrasé élégant. En Aréthuse, Meghan Lindsay bénéficie d’une belle présence, offre de belles couleurs et donne des coups de fouets à sa ligne de chant qui aboutissent à une interprétation pétillante à défaut d’être toujours très intelligible. Les chasseurs (Jesse Blumberg et ) et les nymphes (Anna Sharpe et Cynthia Smithers) complètent avantageusement la distribution dans un jeu d’échos de voix particulièrement réussi. Enfin, soulignons l’excellence du travail du Chœur Marguerite Louise, justement acclamé par le public.

Le sonne onctueux, particulièrement chez Rameau ce qui laissent entrevoir de beaux moment dont, notamment, l’ouverture de Pygmalion. De la chasse d’Actéon, aux danses de Rameau, la direction de semble être sur la même longueur d’onde que la mise en scène ; décorative et un peu univoque, elle ne laisse jamais l’ennui s’introduire dans ce spectacle à plusieurs mains, plutôt réussi.

Crédits photographiques : © Bruce Zinger

(Visited 487 times, 1 visits today)