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Six compositrices invitées à la Cité de la Musique

Pour un soir, la Cité de la Musique se mue en Cité des Femmes en faisant entendre, par l’intermédiaire des solistes de l’, les œuvres de six créatrices vivantes du monde entier. L’occasion de vérifier que, si la question de savoir s’il existe une façon féminine d’écrire de la musique n’a pas de sens, la composition au féminin est riche et dynamique.

entre sur scène pieds nus. C’est elle qui, tout en soufflant, sifflant, bégayant, chuintant, s’énervant dans sa petite flûte, dirige en temps réel et en l’absence de fichier son le dispositif de distorsion et d’échos de [p] [k] [t], pour piccolo et électronique (2011-2012) de . Il est très rafraîchissant d’écouter un instrument rare et comme rajeuni ici, dans un opus expressif qui commence par une pluie de sons et se poursuit en des accents plus dramatiques.

Le mot de composition prend tout son sens à l’écoute d’Arabescos, pour hautbois et piano (2002), tissage mélodique répété et varié de deux instruments dialoguant ou sinuant pour constituer, selon des climats différents, des motifs d’arabesques, tels ceux de l’Alhambra de Grenade, qui ont inspiré . Dans cette page très réussie, le hautbois est clairement le soliste, ce qui justement rend intéressant le rôle du piano, tour à tour discret et intrusif.

Les quatre musiciens de Breaking the News, pour flûte, piano, violon, et violoncelle (2010) de font leur apparition un journal à la main, s’asseyent et commencent à le feuilleter. Ce sont eux qui, avant le concert, ont choisi l’article qu’ils vont lire successivement dans leur porte-voix. Politique internationale en japonais (Hae-Sun Kang), sport (), culture () et politique environnementale en espagnol (), tels sont les thèmes d’actualité abordés, qui donnent lieu à une libre interprétation de la partition. Les artistes s’amusent, la salle rit. Mention spéciale pour Emmanuelle Ophèle, déchaînée sur sa flûte et dans son commentaire d’un match de football !

Au bleu bois, pour hautbois solo (1998) de est un beau morceau de bravoure magnifiquement interprété par . Là encore, on est heureux d’entendre le hautbois soliste, instrument distingué, dans une pièce méditative où alternent des moments d’obsession répétitive autour de quelques notes, de prestissimos fulgurants et de longues plages apaisées.

Comme son nom l’indique, Movimento fluido III, pour flûte, cor anglais, clarinette et piano (2007-2010) de est centrée sur l’idée de la permanence du flux. De fait, les instruments sont fondus dans un ensemble qui s’écoule lentement et régulièrement. L’exercice est formel et le climat abstrait.

Raggi di stringhe, pour violon et électronique (2011) de fait entendre une série de réactions réciproques, l’ordinateur devenant un musicien à part entière, aussi virtuose que la violoniste. C’est dire si cette pièce en tension constante, entre successions et collisions de timbres variés, est volcanique !

Crédits photographiques : © Rikard Osterlund

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