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Les concertos de Beethoven bien inégaux de Uchida et Rattle

En complément d’une intégrale des symphonies de Beethoven particulièrement remarquée (Clef d’Or ResMusica), l’orchestre berlinois et sir offrent dans un coffret comme toujours très soigné dans sa présentation les cinq concertos pour piano.

Superbe objet contenant les cinq concertos sur trois CD (d’ailleurs peu remplis, la fantaisie chorale aurait pu compléter heureusement cet ensemble), un DVD Blu-ray audio et un DVD Blu-ray vidéo, qui documentent les cinq concertos de Beethoven captés en février 2010 à Berlin. La parure orchestrale est somptueuse, retrouvant la réussite de l’intégrale unanimement saluée des symphonies par l’alliance entre la puissance sonore de l’orchestre et ses inimitables contrebasses grondantes et l‘élan vif-argent impulsé par sir Simon. Mais une fois encore (cf. le récent compte rendu de Bertrand Saint-Etienne de son récital à la Philharmonie de Paris), c’est la pianiste japonaise pourtant très appréciée outre-Manche et partenaire habituelle de qui laisse perplexe. Son jeu alterne en effet moments d’une réelle poésie comme l’adagio du Troisième concerto, phrasé avec une rare élégance, ou même les deux premiers concertos pris globalement et une franche déception surtout dans les deux derniers. L’admirable quatrième ne trouve pas son équilibre, particulièrement dans l’adagio où le dialogue entre l’orchestre et le piano prend l’allure d’une confrontation entre deux mondes sonores sans lien, tandis que l’Empereur, entaché de trop nombreuses approximations digitales déçoit franchement, loin de l’héroïsme qui sous-tend son propos.

Au total, cette intégrale inégale ne retrouve pas l’extraordinaire réussite de celle gravée précédemment par le même chef avec Alfred Brendel, nettement plus inspiré que , et l’Orchestre philharmonique de Vienne chez Philips. Décidément, Rattle illustre à son tour le paradoxe qui, de Furtwängler à Abbado en passant par Karajan, a montré que les chefs titulaires de l’ réservent parfois leur plus grande inspiration au rival viennois.