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Cabezón sur un orgue gothique avec Léon Berben

est déjà bien représenté au disque. , par une interprétation historiquement informée sur un orgue gothique allemand, apporte un nouvel éclairage sur une musique savante et parfois austère, tour à tour d’essence profane ou sacrée.

En 1510 naissait dans un petit hameau de Castille , aveugle presque de naissance. Après une première partie de vie inconnue, on le retrouve maître de chapelle à Avila puis à Madrid au service de la cour d’Espagne. Il servit Charles Quint puis Philippe II. Reconnu comme le père fondateur de l’école espagnole pour le clavier, il voyagea beaucoup en Italie, dans les Flandres et en Allemagne, ce qui lui permit se sortir de cette Espagne, bien isolée géographiquement. Son œuvre repose essentiellement sur de nombreuses pièces pour le clavier, clavecin ou autres instruments à cordes pincées et l’orgue. La forme Tiento se retrouve en abondance, il s’agit chez cet auteur de pièces polyphoniques proches du Ricercare italien. A côté de ces pièces à caractère sacré empruntant parfois des thèmes d’hymnes tel l’Ave Maris Stella ou le Salve Regina, on rencontre des suites de variations (Diferencias) sur des thèmes tirés de divers cancioneros renfermant des mélodies de chansons populaires. Ces deux aspects de l’œuvre de Cabezón en font un ensemble attrayant et attachant.

a choisi l’orgue allemand d’Ostönnen pour illustrer la musique du célèbre castillan, un instrument hors du commun puisque sa construction remonte à la première moitié du XVe siècle, ce qui le place dans le tout petit sérail européen des orgues gothiques encore existant. Bien sûr, depuis cette époque, on imagine que cet orgue a été modifié un peu à chaque siècle. Mais la structure originale a été préservée ; la dernière restauration remontant au début des années 2000 a retrouvé l’esprit de l’orgue d’origine. C’est un instrument de quelques jeux seulement, sept au total, qui suffisent amplement à traduire les textes de Cabezon, qui lui-même jouait essentiellement sur des positifs. On note un diapason très élevé (A=482 Hz) et un tempérament ancien assez marqué (Schlick 1511) qui convient parfaitement à cette littérature.

Le programme est agréablement réparti entre des pièces pour l’office et d’autres pour les divertissements de la cour. Léon Berben introduit dans cette musique une ornementation spécifique à l’époque : la glose, abondamment décrite dans le fameux traité de Diego Ortiz de 1553. Cette pratique permet d’insérer des figures de notes non écrites en particulier sur les valeurs longues comme les rondes ou les blanches. Les œuvres ainsi traitées prennent une toute autre allure, de liberté et de rhétorique révélées. On apprécie cette ornementation en particulier dans les duos sur l’hymne Ave Maris Stella et la grande fresque sur les variations « Isabel » l’une des plus développées de ce compositeur. Pour autant, l’écriture de Cabezon, audacieuse pour son époque, garde toutes ses qualités après ce traitement ornemental. Le jeu de Léon Berben reste sobre et de carrure apollinienne. La prise de son multicanal est comme toujours avec ce label d’un confondant équilibre. Voici une version qui apporte sa pierre dans la connaissance d’un auteur dont on découvre peu à peu les qualités supérieures.