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Pierre-Laurent Aimard dans les Variations Goldberg à la Philharmonie de Paris

Cinq semaines après Evgeny Koroliov à l’Auditorium de Radio France, s’attèle au cycle fascinant des Variations Goldberg de Bach, avec une concentration d’une heure et vingt minutes tout juste perturbée par les toux récurrentes d’un public d’hiver, venu nombreux pour remplir presque intégralement la Philharmonie de Paris.

Cycle de variations parmi les plus géniaux, les tardives Variations Goldberg de sont aujourd’hui marquées par quelques interprétations enregistrées au siècle dernier, dont celles d’Evgeny Koroliov. s’est intéressé plus tardivement à Bach, ou en tous cas, n’ose que depuis un peu plus d’une décennie le programmer et l’enregistrer, en témoignent ces deux coffrets de L’Art de la Fugue puis du volume I du Clavier bien tempéré, parus respectivement en 2008 et 2014.

Il entre ce lundi de janvier à Paris tout de noir vêtu dans la Grande Salle de la Philharmonie dont le nom est maintenant celui de l’un de ses mentors, Pierre Boulez, avec lequel il a tant collaboré. Dès l’Aria des Variations, le développement des trente-deux mesures présente à la fois un toucher austère en même temps qu’un refus de traiter l’ouvrage comme une pièce baroque, malgré certaines variations encore empreintes des techniques du passé.

Aimard pour cette dernière partie du Clavier-Übung écrite initialement pour clavecin avec deux claviers a évidemment choisi de rester sur un piano moderne en interprétant le cycle sur Steinway & Sons. Il s’installe devant le piano et la partition accompagné d’une tourneuse de page et traite l’œuvre avec des tempi relativement conventionnels, pour une intégrale parcourue en une heure et vingt minutes, émaillée de quelques pauses pour retrouver la concentration ou reposer les doigts très sollicités, notamment toutes les trois variations par les canons. Au risque de parfois brouiller succinctement le message, comme au canon à l’unisson (Variation 3), avec une main droite encore touchée dans les accords initiaux au début de la Variation 4.

La célérité de la Variation 5 rassure, même lorsqu’il faut utiliser la technique de croisement des mains, parfaitement maîtrisée ici comme dans toutes les variations ultérieures où cette technique est nécessaire. De même, l’utilisation des pédales reste toujours mesurée et n’appuie jamais trop nettement le discours du clavier, sans non plus exagérer la rigueur de la pulsation. Dans cette particularité de phrasés, on remarque chez Aimard l’application à mettre en avant certaines blanches utilisées comme basse par Bach, ce dès l’Aria, traitée la première fois plus intellectuellement et moins librement qu’au Da Capo, où les dernières et harassantes variations ont ravivé un exposé quelque peu atténué après la variation 20.

Traitée après presque une minute de pause, temps également pris par le pianiste pour séparer les deux parties du cycle juste avant l’ouverture à la française (Variation 17), la superbe Variation 25 et ses prémices romantiques trouvent sous ce doigté un magnifique développement et offre un véritable tournant pour conduire plus naturellement la fin du cycle, avec souvent (Variations 28 et 29) un très beau travail de la main gauche, quitte à énormément délier les notes de certaines mesures. Le même programme sera donné à Lyon avant de conduire, on l’espère, sur un enregistrement du cycle par le pianiste pour Deutsche Grammophon.

Crédits photos : © Marco Borggreve