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Muza Rubackyté entre Schubert et Liszt, de la valse à l’abîme

Dans ce nouvel opus, la pianiste Muza Rubackyté demeure dans l’univers de son cher Liszt, dont elle est une interprète hors pair, tout en pénétrant le monde déjà romantique de Franz Schubert.

Avec les Valses caprices des Soirées de Vienne autour des Valses nobles et sentimentales, d’une grande fluidité de jeu, elle propose onze Lieder transcrits par Liszt, encadrant la Sonate n° 14 en la mineur D 784. Si tout oppose les personnalités de Liszt et de son aîné Schubert, la musique du Viennois n’a pas échappé à l’appétit impressionnant du pianiste compositeur extraverti, adulé par l’Europe entière à la manière d’une rock star. Liszt a consacré plus de la moitié de ses œuvres (350 sur 678) à des transcriptions, adaptations, paraphrases et arrangements d’autres compositeurs qu’il admirait et auxquels il rendait hommage. Et Schubert n’était pas le dernier, avec les transcriptions pour piano de quelque cinquante-huit Lieder et quelques orchestrations, dont la Wanderer-Fantaisie D 760. Respectant le texte original, Liszt inclut le chant dans l’accompagnement, et la transcription devient transmutation, le Lied devenant œuvre pianistique à part entière.

C’est peu de dire que Muza Rubackyté est à son affaire dans ces pièces brillantes et profondes au romantisme éclatant. Selon sa fougue coutumière, elle domine le sujet avec une aisance confondante, éclairant l’atmosphère avec lyrisme et élégance. Le chant surgit gracieusement d’un accompagnement complexe et ne nous lâche plus. Ungedult déborde d’énergie, des éclairs jaillissent de Auf dem Wasser zu singen, l’effroi transpire dans Erlkönig, tandis que l’Ave Maria, alias Ellens dritter Gesang, gazouille aimablement, tout comme le paisible Du bist die Ruh.

Sombre et tourmentée, la Sonate en la mineur D 784, composée en 1823, ne fut publiée qu’en 1839 par Diabelli qui la dédia à Mendelssohn. Tout au long des trois mouvements, Muza Rubackyté maintient la tension dramatique avec son toucher impérieux, alternant les moments de crispation avec les plus paisibles, tout en chantant comme le fait si naturellement l’ami Franz.

Ce programme intelligemment composé s’inscrit pleinement dans l’esprit romantique où l’on commence à danser à trois temps pour finir avec la vielle grinçante et acide du Leyermann qui clôt le Voyage d’hiver. Une escapade schubertienne, revisitée par l’impétuosité affective de Liszt, qui complète la riche discographie de cette grande pianiste.

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