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Création à Présences de l’ultime opus de Rautavaara mais pas que…

C’est par la création mondiale du dernier opus d’ que se concluait le festival de création musicale Présences 2019. Mais des deux derniers concerts du festival, ce n’est pas cette création-là qu’on retiendra comme la plus marquante. 

Mikko Frank avait été à l’initiative des Deux Sérénades pour violon et orchestre, d’une durée de 10 minutes chacune, qui ont été composées dans les derniers mois de la vie d’ (notre portrait). La première Sérénade pour mon amour est nostalgique, écrite pour cordes uniquement, mais elle est sereine, sans amertume. La Sérénade pour la vie, plus animée et colorée (flûtes, hautbois, clarinettes, bassons, cors), finit par une brève exclamation de joie. Rautavaara n’avait pu en réaliser l’orchestration, celle-ci a été assurée par , présent ce soir. On aurait pu rêver d’une conclusion moins conventionnelle sur le plan stylistique, mais partir ainsi sans remords, sans avoir besoin de prouver quoi que ce soit, en chantant l’amour passé et la vie devant soi, à 87 ans, est une belle manière de tirer sa révérence. Et a bien fait de choisir une robe rouge éclatante, d’autant que son jeu en simplicité a le bon goût de ne pas chercher à briller, pour que la musique vive.

était le compositeur invité de cette édition 2019 de Présences. Sa Missa Brevis de 2015, par le dirigé par ouvre le concert de clôture. De cette œuvre solide, on hésiterait à dire qu’elle est composée « à l’allemande » si le programme officiel ne caractérisait Rihm précisément comme un continuateur de la grande tradition de composition de ce pays. Elle requiert sans doute un goût pour la liturgie pour être pleinement appréciée.

Astralis du même Rihm fermait l’avant-dernier concert du festival. Œuvre pour seize voix mixtes, violoncelle et deux timbales composée en 2001, elle est interprétée par l’ensemble avec au violoncelle et Christian Hamouy aux percussions. Le pari du compositeur est que l’auditeur décélère mentalement pour qu’il soit pénétré de cette musique, qui doit être chantée aussi lentement et doucement que possible. Le pari de la décélération était déjà osé à l’époque de la composition, et l’est plus encore aujourd’hui où les auditeurs de toutes générations ne peuvent réprimer le besoin compulsif de consulter leurs smartphones à chaque pause de quelques minutes. , peut-être conscient de la difficulté pour le public d’arriver jusqu’à un état second, n’a pas poussé l’exercice jusqu’à ses limites, et a gardé une certaine tonicité à sa direction. Le public semble néanmoins sortir des 30 minutes d’Astralis dans un état méditatif voire assez léthargique, qui interroge sur l’effet réellement obtenu.

L’ouverture du concert de l’ensemble voyait trois créations mondiales de qualité pour chœur mixte par autant de compositeurs français, par âge décroissant et par complexité croissante : Eros songs de , Blessure de et Clastes d’Adrien Trybucki. Eros songs est un travail sur le texte « chanté/ soufflé/ chuchoté/ grogné/ parlé/ énoncé/ clarifié/ flouté/ lancé » mais qui ne tombe jamais dans la trivialité. Si érotisme il y a dans les mots (« la sci va », « lov », « secouez moi »), l’expression est tenue. Blessure fait entrer le lyrisme dans ce début de programme, avec la voix de la clarinette de qui tour à tour commente, accompagne ou fait entendre sa dissonance. Le travail qui cherche, selon le compositeur, à « faire disparaître les lignes vocales au profit d’un espace sonore animé par des plans et des textures sonores qui évoluent sur un modèle de croisement » donne un caractère hypnotique qui capte l’attention. Avouons notre faible pour Clastes du jeune compositeur de 25 ans Adrien Trybucki, qui séduit spontanément par un équilibre entre impact immédiat des sonorités et complexité rythmique, sans que l’on puisse prétendre avoir épuisé la richesse de l’écriture à la première écoute. Parions que cette pièce entrera dans les classiques de Musicatreize.

Crédit photographique : © Peter Miller