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Approfondissement de la 8e de Mahler par Valery Gergiev à Paris

Le 12 septembre 1910 à Munich, la création de la Symphonie n° 8, l’orchestre philharmonique et les chœurs étant placés sous la baguette du compositeur fut le plus grand succès de de son vivant. L’œuvre est donc liée à l’orchestre de façon consubstantielle. Un siècle après, Christian Thielemann la reprit, et son successeur l’a programmée en conclusion du week-end Mahler de la Philharmonie de Paris.

Gergiev ne cherche pas à atteindre le fameux effectif de mille exécutants qui a donné son surnom à la symphonie (sans avoir compté exactement, on peut juste dire que les musiciens et choristes s’approchaient des quatre cents) mais dans le volume de la Philharmonie l’effet de saturation sonore de la fin du Veni Creator Spiritus, première partie de la symphonie, est suffisant avec les trois chœurs réunis pour terrasser l’auditoire selon le vœu de Mahler. Dirigeant sans podium, au milieu de ses musiciens, le maestro anime l’œuvre dans des tempos plutôt allants mais qui s’autorisent des rubatos prononcés notamment lorsqu’il veut mettre en évidence les raffinements d’une orchestration qui utilise un effectif immense mais très divisé et fait la part belle aux jeux de timbres (piano, harmonium, percussions – y compris de somptueuses cloches graves -, harpe, mandoline, célesta sont tour à tour à l’honneur) ainsi qu’aux solos de cordes : violon, alto et violoncelle démontrent à tour de rôle la qualité des solistes des Münchner Philharmoniker.

Les huit solistes vocaux se tirent brillamment des parties redoutables que Mahler leur destine, avec une mention particulière pour le ténor Simon O’Neill à qui revient la partie du Doctor Marianus, incarnation de Faust dans la transfiguration que représente la scène finale du second Faust de Goethe, seconde partie de ce diptyque symphonique, et à l’alto . Les deux chantaient la veille Le chant de la terre. L’orgue de la Philharmonie soutient puissamment l’ensemble et la théâtralisation de certaines interventions (orchestre de cuivres supplémentaire placé au dessus des chœurs, soprano solo – - en Mater Gloriosa chantant du haut de la salle les appels à la transfiguration de Faust) s’avère efficace et réussie. L’ensemble restitue brillamment une partition légendaire mais réputée pour sa difficulté d’exécution en raison de sa démesure et de sa complexité qui sont un défi à l’équilibre et la lisibilité. Un défi que relève brillamment Gergiev, dont l’approche mahlérienne a gagné en profondeur depuis son intégrale discographique gravée avec l’orchestre symphonique de Londres.

Crédits photographiques : © Julien Mignot