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L’Orphée d’Eléonore Pancrazi à Clermont-Ferrand

En attendant l’annonce de la programmation 2019-2020, la dernière production de la saison du Centre Lyrique se tourne vers l’avenir et la jeunesse, en attribuant notamment à la jeune mezzo-soprano Eléonore Pancrazi le premier rôle d’Orphée et Eurydice de Gluck dans la version d’.

Dans sa révision destinée à l’interprète Pauline Viardot, choisit en 1859 de conserver tous les éléments de la version parisienne de 1774, soit le développement de la musique par rapport à la version italienne de 1762 avec des grands airs pour Orphée, l’ajout de l’air d’Eurydice au second acte, et enfin le trio final et les scènes de ballet des Ombres heureuses et de Furies. Seul le registre de contralto de la première version est maintenu pour le rôle d’Orphée par le compositeur romantique (correspondant à la tessiture de la destinataire), celui-ci lui écrivant également un air.

Aujourd’hui, à Clermont-Ferrand, c’est la révélation lyrique des dernières Victoires de la musique classique qui aborde pour la première fois le rôle, la jeune Eléonore Pancrazi n’ayant pas attendu la reconnaissance « officielle » pour mener une saison soutenue entre prises de grands rôles et débuts dans des institutions lyriques prestigieuses.

Ce qui marque le plus dans cette prestation est la constance de l’engagement de la jeune artiste qui assume sans faillir un rôle dont l’endurance est l’une des exigences principales. La rondeur de ses graves parfaitement projetés tout au long de la soirée, enveloppe et rassure malgré le drame qui se joue, l’approche d’Eléonore Pancrazi se révélant particulièrement intense lors de ses inflexions pathétiques de son air « J’ai perdu mon Eurydice ». La mezzo sait aussi faire preuve de lyrisme et de technique, notamment dans l’air écrit précisément par Berlioz pour Pauline Viardot, « Amour, viens rendre à mon âme » ; les vocalises ne manquent pas d’agilité dans l’exploration de graves et d’aigus abordés de façon tout à fait honorable. Un souffle calibré et une diction particulièrement travaillée agrémentent une jolie prise de rôle.

La jeune artiste paraît toutefois ne pas avoir suffisamment de profondeur dans son jeu scénique. L’expansivité de ses gestes, de ses attitudes ainsi que de ses mimiques semble quelque peu manquer de finesse dans une mise en scène qui elle n’en manque pas. Mais peut-être est-ce justement pour combler cette épuration judicieusement choisie par que l’artiste éprouve le besoin de s’approprier l’espace et l’attention du public par un jeu large et marqué ? Parce qu’avec cet Orphée et Eurydice, l’on retrouve la touche agréablement classique du metteur en scène qui préfère l’efficacité à l’extravagance. C’est donc un plateau nu qui s’exhibe – une prise de risque en soi -, où seule la tombe d’Eurydice se distingue, offrant ainsi la possibilité de l’utilisation de trappes à plusieurs reprises pour symboliser la mort et la descente aux Enfers. Quelques rideaux et plusieurs lampes torches ou autres luminaires poétiques permettent aux spectateurs de s’acclimater à d’autres atmosphères, les quelques accessoires et la direction d’acteurs étant toujours sans fioriture et bien à propos.


Cet espace épuré offre surtout la possibilité de mettre en exergue le Chœur régional d’Auvergne et les pages musicales sublimes qui lui reviennent. Certaines attaques manquent de précision, l’homogénéité des voix est un brin mise à mal à certains instants, mais reconnaissons que la partition exigeante est tenue avec justesse, tout comme celle de la fosse où officie l’Orchestre du Conservatoire dirigé par son directeur, .

Aux côtés d’Orphée, c’est toujours la jeunesse qu’a choisie le Centre Lyrique Clermont-Auvergne avec dans le rôle d’Eurydice, et parée de son sublime costume d’Amour dessiné par Véronique Henriot. La première traduit l’importance de son rôle par une voix puissante que l’on aurait imaginée plus fragile et transparente pour ce personnage. La seconde affirme une luminosité conquérante grâce à une interprétation gracieuse, une douceur vocale et un charisme qui marquent les esprits.

Crédits photographiques : © Ludovic Combe