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De New York à Paris avec les Italiens de l’Opéra

Les Italiens de l’Opéra de Paris et les danseurs du se retrouvent sur les planches du Théâtre de Paris pour un programme de gala, qui donne un aperçu de deux écoles aux traditions et styles très différents.

L’aventure des Italiens de l’Opéra de Paris a commencé en 2016, avec une proposition faite à Alessio Carbone, Premier danseur à l’Opéra, de créer un spectacle à Venise. C’est alors qu’Alessio Carbone a eu l’idée de rassembler les onze danseurs Italiens du corps de ballet de l’Opéra de Paris pour constituer une petite troupe. Celle-ci a fait ses débuts français à Suresnes à l’automne 2017, puis s’est produite sur différentes scènes en province, avec un programme de gala comportant des extraits du répertoire classique de l’Opéra de Paris. Depuis la nomination de Valentine Colasante, la troupe compte actuellement une danseuse étoile, ainsi que des talents très prometteurs comme Francesco Mura et . Sans compter le plaisir de retrouver , danseuse sensible au répertoire varié, trop rarement distribuée dans des rôles de solistes à l’Opéra.

La troupe revient, dans le cadre des « Paris de la danse », avec une affiche plus ambitieuse : trois programmes différents et la scène partagée avec neuf danseurs du , dont les Principal Dancers Megan Fairchild, , Daniel Ulbricht, Teresa Reichlen, Tyler Angle et Sterling Hyltin.
Le programme mêle habilement des morceaux emblématiques du répertoire de chaque école. Des grands pas classiques, extraits de la Sylphide version Bournonville, du Corsaire de , du Lac des cygnes de Noureev pour l’Opéra de Paris, mais aussi quelques heureuses surprises comme les Bourgeois de Ben Van Cauwenbergh et le Donizetti Pas de deux de .
Le New York City Ballet offre des incontournables de son répertoire avec Tarantella de George Balanchine et Andantino de mais aussi une pièce de , Liturgy, et les facétieux Lutins de Johan Kobborg.

C’est à , auréolée de son statut d’étoile, et Antonio Conforti que revient d’ouvrir le bal. Le choix pour l’ouverture du Scarlatti Pas de deux, chorégraphié en 2009 par , est discutable. Ce pas de deux, qui débute dans le silence, puis est accompagné au piano par la musique de , sur un tempo lent, requiert de créer une ambiance délicate et raffinée, que les deux danseurs ne sont pas parvenus à faire ressentir au public, au risque de perdre l’intensité émotionnelle.
Avec Andantino de Robbins, sur une musique de Tchaïkovski, les danseurs américains apportent un style fluide, vif et aérien. Megan Fairchild est une danseuse inspirée, qui incarne à la perfection la danse à la fois élégante et libérée de .
Tarantella, de Balanchine, évoque le folklore de la danse traditionnelle italienne, avec une joie et un entrain communicatifs, en dépit d’un style un peu daté. Le brio de Daniel Ulbricht est époustouflant ; ce danseur de petite taille se démarque par sa vivacité dans les tours et les sauts, ainsi que par sa musicalité et son sens de l’humour. Sa partenaire Indiana Woodward a trouvé la bonne énergie mais au prix d’une technique moins précise.


Du côté des danseurs de l’Opéra de Paris, l’on notera un extrait de la Sylphide interprété avec malice par et un Corsaire qui met en valeur la technique des fouettés de . En revanche, le cygne blanc de Sophia Rosolini a du plomb dans l’aile, et l’on s’interroge sur la pertinence du choix de ce type de variations qui perdent leur saveur dans un contexte de gala.
Il faut attendre le solo des Bourgeois chorégraphié par le Belge Ben Van Cauwenbergh sur la chanson homonyme de Brel, pour casser un peu la routine de ces pas de deux de gala. Giorgio Foures interprète ce solo avec humour et élégance, et libère sa technique dans un registre moins académique.

Enfin, Francesco Mura réalise un véritable baroud d’honneur dans le Donizetti pas de deux de , morceau de bravoure technique où le danseur fait la démonstration de son brio, avec un parfait enchaînement d’entrechats six et des tours à la seconde planés. À ses côtés, Ambre Chiarcosso tire son épingle du jeu et affirme sa présence sur scène.

C’est avec Les Lutins, du danois Johan Kobborg, ballet plein d’humour interprété par le City Ballet que se clôt ce programme. Le trio de danseurs prend les musiciens à témoin de leurs jeux. Une rivalité bienveillante naît entre Daniel Ulbricht et Joseph Gatti pour les beaux yeux d’Indiana Woodward et les deux danseurs rivalisent de prouesses techniques. Ce feu d’artifice termine sur une note joyeuse et humoristique ce programme.

Si l’on aurait souhaité davantage d’interaction entre les danseurs des deux ballets et d’audace dans le choix des pièces, l’initiative est à saluer. L’on ne peut que savourer ce rapprochement entre les écoles française et américaine, et cette occasion d’admirer les danseurs de l’Opéra de Paris dans un autre contexte.

Crédits photographiques : « Les Italiens de l’Opéra » © Luca Vantusso

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