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Merveilles vocales de la Nouvelle Espagne par l’ensemble Vox Cantoris

Depuis plusieurs années, et son ensemble (à 5 voix) explorent le répertoire vocal baroque du Nouveau Monde. Comme le suggère le titre de l’album évoquant les trésors musicaux de la Nouvelle Espagne (vieux Mexique), ce disque révèle dans toute leur splendeur un ensemble choisi de polyphonies de couvents.

Que sont ces musiques, issues des répertoires liturgiques du Mexique et contenues dans six livres de polyphonies ayant appartenu au couvent de l’Incarnation à Mexico ? Comme souvent dans ces cas là, il s’agit de compilations diverses de pièces utiles aux offices copiées en 1648 et regroupant divers compositeurs, certains connus, d’autres moins, espagnols, français et mexicains. On y trouve naturellement des messes, hymnes, psaumes, magnificat, et autres antiennes de 3 à 11 voix.

Le disque débute avec une « Messe parodie » à 5 voix, anonyme, sur le thème « Susanne ung jour », célèbre chanson de la Renaissance, sur un poème de François Guéroult et une musique de Didier Lupi Second. Cette mélodie se retrouve dans d’autres messes (Roland de Lassus, Claudio Merulo et Marc Antonio Ingegneri). Ce qui caractérise ici cette œuvre, c’est la répartition des tessitures, privilégiant les voix hautes pour le chœur féminin du couvent. Lors des grandes fêtes, des chantres de la cathédrale pouvaient venir renforcer les voix les plus basses ainsi qu’un basson, comme le montrent d’autres exemples en Europe avec le serpent ou la contrebasse. L’étude du manuscrit révèle un niveau élevé de l’écriture et par conséquent également celui de la technique vocale des moniales.
La deuxième œuvre inscrite au programme est un Office pour les complies d’un compositeur amérindien Juan de Lienas qui a vécu au début du XVIIᵉ siècle. Il fut sans doute le premier à composer dans le style espagnol, proche de Morales ou de Victoria. Cet office des Complies offre comme pour les vêpres une succession d’antiennes, psaumes et l’hymne Te lucis. L’écriture est savante et se déroule dans une ambiance d’apaisement, en harmonie avec l’heure tardive de son déroulement. Lienas se situe à la charnière du stilo antico et d’un nouvel art de l’écriture qui développe des sonorités polychorales.

L’interprétation de ces œuvres est d’un très grand niveau. s’est rendu au Mexique pour étudier de près ces textes mais aussi dans quel environnement ils avaient pu être exécutés. L’ancienne église du couvent de l’Incarnation, bien que transformée, offre encore une certaine disposition originale avec ses deux tribunes superposées. Le chœur de femmes était renforcé par des chantres ou un basson pour la voix basse. Cet instrument s’est développé au Mexique à cette époque, d’où ici l’utilisation d’une douçaine, ancêtre du basson moderne, magnifiquement tenue par Isaure Lavergne. L’ensemble offre une qualité musicale de toute beauté, créant une atmosphère céleste, planante, proches d’œuvres venues d’autres horizons. On pense à Titelouze avec ses messes retrouvées, et jusqu’aux Anglais, tous capables de faire vibrer ces architectures de pierre, et de projeter les voix vers l’infini.

Voici une réalisation qui est une excellente introduction à ces riches répertoires, influencés par la vielle Europe et tournés vers des climats flamboyants, propres au Nouveau Monde.