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Magistrales rééditions de Kubelik et la Radio bavaroise chez Orfeo

Ce coffret est un hommage rendu à  (1914-1996), qui légua à la postérité une discographie considérable, mais aussi à l’, l’un des plus beaux orchestres allemands, fondé en 1949, et dont le musicien tchèque fut le chef principal de 1961 à 1979.

Le répertoire classique s’ouvre avec la Symphonie n° 99 de Haydn. Bien que datée sur le plan du style, la direction élégante privilégie le chant. Même constat avec la Symphonie n° 25 de Mozart, teintée d’une certaine gravité. Prise dans un tempo lent, la Symphonie n° 38 est jouée sobrement, mais entachée de cordes un peu dures. Préférons les versions avec Chicago (Mercury) et Vienne (Warner). Plus intéressants, les deux derniers opus mozartiens – la Symphonie n° 41 existe aussi chez Orfeo, mais avec Vienne – suscitent l’admiration. La lecture de Kubelík est magnifique de souplesse. La prise de son de la Symphonie n° 9 de Beethoven n’aide pas l’orchestre, parfois raide et brouillon dans les vents (finale du premier mouvement). Le plateau vocal est certes équilibré, mais la lecture DG, en 1976 et avec la même phalange, s’impose.

L’intégrale des symphonies de Brahms souffre d’une dynamique contenue et de basses envahissantes. Malgré quelques baisses de tensions, Kubelík évite tout pathos. L’orchestre est une “mécanique” délicate à gérer. Quelques beaux moments (finale de la Symphonie n° 2, par exemple) ne peuvent faire oublier le legs viennois (Decca).

L’intégrale des symphonies de Dvořák sous la baguette de Kubelík (DG) fut, à son époque, la grande référence avec celle de Kertesz (Decca). La Symphonie n° 6 élague la rudesse des accents de la formation allemande et la saveur devient authentiquement tchèque. Kubelík fait ainsi danser les furiant et briller les bois de l’orchestre. Une version supérieure à celle du Philharmonique de Berlin (DG). La saveur et la mobilité du scherzo et du finale de la Symphonie n° 7 emportent également l’adhésion. En revanche, la Symphonie n° 8 se situe en-deçà : problèmes d’intonation entre les cuivres et les autres pupitres, sécheresse de l’allegretto grazioso et de l’allegro non troppo. Peu citée, la Symphonie n° 9 est pourtant magistrale (beauté des cordes graves et sens de la narration). Une référence. Hélas, relative déception à l’écoute de la Sérénade pour cordes bien âpre alors que la Sérénade pour vents, dans sa version orchestrée, offre un caractère mozartien réjouissant. Ma Patrie de Smetana, que Kubelík a gravé près d’une quinzaine de fois, est l’une des grandes lectures du chef. Malheureusement, la Sinfonietta de Janáček est pesante et les vents en méforme font regretter la version mono avec la Philharmonie Tchèque (Testament).

Après le répertoire tchèque, achevons l’écoute avec quatre autres compositeurs. La prise de son étriquée de la Symphonie n° 8 de Bruckner est problématique même si le scherzo possède un panache certain. Malgré un scherzo exceptionnel de tension, on reste un peu sur notre faim dans l’écoute de la Symphonie n° 9. La Symphonie fantastique de Berlioz, captée en 1981 est d’un charme extraordinaire. Un soupçon de folie supplémentaire aurait été bienvenu. Orfeo a repris la bande de la création (9 octobre 1975) des Hymnes Symphoniques de Zimmermann. Le caractère véhément de l’écriture et sa pulsation « roussélienne » sont idéalement restitués. En 1951, Kubelík enregistrait avec Chicago (Mercury) l’une des plus géniales versions de la Musique pour cordes, percussions et célesta de Bartók. A Munich, en 1981, la partition se fige sous la baguette du chef qui concentre toutes les moyens sur la définition des plans sonores. Le Concerto pour orchestre se déploie dans une démonstration de virtuosité qui n’est pas sans grandeur.