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Autour de Lise Berthaud, belle soirée trio à cordes chez les Jeunes Talents

, et : le festival Jeunes Talents propose un joli programme pour trio à cordes dans la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens.

L’altiste , « jeune talent » qui a déjà bien roulé sa bosse, est entourée du violoncelliste , quatrième prix du concours Reine Élisabeth 2017, et du violoniste actuellement en résidence à la Fondation Singer-Polignac avec l’Ensemble Messiaen, ainsi qu’à la Fondation Villa Musica Rheinland-Pfalz. Elle semble le pivot de cette soirée, par la place charnière de son instrument, mais aussi par son enthousiasme communicatif et la sûreté de son expérience de chambriste.

La Sérénade d’ compte parmi les trésors du répertoire plutôt réduit du trio à cordes. Composée en 1902 mais encore imprégnée de romantisme, l’œuvre n’a pas la modernité de son compatriote Bartók. Elle est pourtant savoureuse, à la fois vivante et expressive, mais aussi originale par sa concision, sa formation en trio parfaitement équilibrée, et ses emprunts plutôt discrets au folklore national. Cinq courtes pièces la composent : une marche enlevée, une romance dont le lyrisme est ici très bien porté par , un scherzo fugué sur un motif vif (mais sans nervosité) dont les échanges entre pupitres ici finement maîtrisés contrastent avec un quatrième mouvement qui s’apparente plutôt à un choral, lyrique et tendre, et enfin, un final vif et bondissant. La texture de l’ensemble est très réussie et l’acoustique du lieu, avec la sonorité d’une église mais sans trop de réverbération, participent à ce résultat.

Le trio de Penderecki, composé en 1990, loin de Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima pour 52 instruments à cordes, son œuvre la plus populaire, évoquerait plutôt l’univers sombre de Chostakovitch. Des accords en tutti martelés et obstinés qui débutent l’œuvre laissent place à un premier solo d’alto, repris et modifié par le violon puis le violoncelle après les mêmes séquences d’accords. L’œuvre, très structurée, fait ainsi contraster de manière théâtrale violence et chant, séquences vives et moments oniriques. Le trio rend bien cet aspect dramatique d’une œuvre dont la progression devient haletante.

La seconde partie revient aux sources du trio à cordes, avec Beethoven, un des premiers compositeurs à avoir fait un emploi remarquable de cette formation après le Divertimento K 563 de Mozart. Son cinquième et dernier trio terminé en 1798 porte déjà tout son art du contraste et de l’urgence. L’ensemble est bien mené avec une connaissance manifeste de l’œuvre, mais manque un peu de relief et précisément de cette urgence, avec une partie de violon trop sobre et en retrait de la part de . L’équilibre du trio réussit davantage à l’Adagio, serein et aux respirations subtiles. En bis, une transcription pour trio à cordes de l’Adagio des Variations Goldberg termine le concert.

En dépit d’un public clairsemé, l’association Jeunes Talents pourra compter ce concert rafraîchissant parmi ses réussites.

Crédits photographiques : Lise Berthaud © Neda Navaee