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Gustavo Dudamel conclut les Rencontres musicales d’Évian

Les Rencontres musicales d’Évian 2019 dont Brahms était le compositeur de référence se sont conclues par un récital chambriste de et ses amis puis par un concert de l’orchestre du festival mené par , ancrant un peu plus ce festival parmi les moments forts de l’été.

Le 5 juillet, dans la merveilleuse salle de la Grange au Lac, toujours aussi saisissante par sa décoration de bois et son acoustique précise et généreuse, et ses amis mettent Brahms en regard de deux autres grands musiciens de la génération suivante qui, à l’orée de leur carrière, s’inspirent du maître de Hambourg avant de le renier pour trouver leur voie propre. Le mouvement de quatuor d’un Mahler de quinze ans comme le très développé quatuor de Strauss s’inspirent en effet du langage brahmsien jusqu’au plagiat. Ce n’est pas un hasard si l’opus 13 de Strauss est en ut mineur comme l’opus 60 de Brahms, et rares sont les impertinences straussiennes qui annoncent le futur compositeur de Don Quichotte. Mené par un Benjamin Grosvenor d’une virtuosité impeccable, le quatuor se révèle d’une parfaite homogénéité ; seul le violoncelle de reste un rien en retrait, comme l’illustre le début de l’Andante de Brahms. Mais après la relative austérité de ce quatuor, le plus concentré des trois de Brahms et l’intelligence subtile de ce programme, le « rondo alla zingarese » final de l’opus 25 pris sur un tempo d’enfer fait lever une salle légitimement enthousiaste.


Le lendemain matin, dans la ravissante (mais minuscule) chapelle de Maraîche et devant ses autels d’un baroque naïf, le concert d’atelier conclut les classes de maître de quatuor données par les Modigliani, chevilles ouvrières de ce festival. Le quatuor féminin Mona souffre dans le deuxième « Razoumovsky » d’une tension permanente qui sature de façon agressive l’acoustique de la chapelle. À l’inverse, le premier sextuor de Brahms par le renforcé par deux membres des Modigliani sonne avec une plénitude harmonieuse et un son rond et chaleureux qui témoignent d’une bien meilleure adéquation entre l’ensemble et le lieu.

Le festival s’était ouvert par la démonstration de maîtrise du vétéran Herbert Blomstedt, il s’est conclu par la furia du jeune mais combien talentueux retrouvant l’orchestre qui l’an dernier avait donné son premier concert sous la baguette d’Esa Pekka Salonen. Renforcé apparemment par rapport à sa première prestation et comptant en ses rangs de nombreux membres des grandes phalanges européennes, il bénéficie aussi d’un programme peut-être mieux adapté à un orchestre de circonstance, aussi prestigieux soit-il (Salonen avait ouvert son concert par les très exigeantes Métamorphoses de Strauss). Moins cinglant que celui de Salonen, le Beethoven de Dudamel emporte l’adhésion par son dynamisme, son lyrisme et même un aspect joueur dans le Scherzo. Plus dramatique et orageuse comme l’impose le langage de l’œuvre, la Symphonie n° 4 de Brahms montre une splendide couleur orchestrale digne de bien des ensembles permanents ; mention particulière aux vents, notamment la flûte de Silvia Careddu et la clarinette de . Le triomphe fait par une salle archi-comble à Dudamel et ses musiciens montre que le pari audacieux de donner aux Rencontres musicales un orchestre digne de cette salle sublime est en passe d’être gagné. Si tel est le cas, Évian offrira alors un pendant français à l’Orchestre du festival de Lucerne, réitérant l’exploit de créer un orchestre d’excellence à partir de musiciens venus de toute l’Europe. Chapeau bas, comme l’eût dit Schumann…

Crédits photographiques : ©  Franck Juéry, Rencontres musicales d’Evian