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La somptueuse renaissance du festival d’Évian

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Évian. Rencontres musicales d’Evian
1-VII-2018.La Grange au Lac. Bach,Trio Zimmermann-Tamestit-Poltéra

2-VII-2018.
Théâtre du Casino. 11h : Elgar, Tchaïkovsky,Quatuor Ehnes. 15h : Tchaïkovsky, Alina Pogonitska-Danjulo Ishizaka-Elisabeth Brauss
La Grange au Lac. 19h30 : Mozart, Saariaho, Tchaïkovsky. Quatuor Modigliani , membres du Quatuor Hagen

3-VII-2018.
Théâtre du Casino. 11h : Bridge, Rachmaninov, Fauré . Marc Bouchkov-Lise Berthaud-Victor Julien-Laferrière-Matan Porat
La Grange au Lac. 19h30 : Dohnanyi, Prokofiev, Mendelssohn. Quatuor Ehnes , membres du quatuor Hagen, Gregory Ahss, Josef Spacek, Adrien La Marca

7-VII-2018. La Grange au Lac. Beethoven, Strauss. Orchestre sinfonia Grange au Lac, direction : Esa-Pekka Salonen

Inaugurée il y a vingt-cinq ans pour Mstislav Rostropovitch, la salle de la Grange au Lac d’Évian vient de retrouver sa splendeur, après quelques années d’endormissement. Une saison désormais annuelle culmine en été pour les Rencontres musicales, lorsque la magnifique acoustique de la salle est au service d’une programmation de haut vol.

La résurrection de la Grange au Lac d’Évian est l’un des plus remarquables événements musicaux de ces toutes dernières années. Pour la salle d’abord, magnifique auditorium de bois au dessus du lac Léman, une réussite à la fois esthétique (on est saisi par sa beauté lorsqu’on y rentre) et acoustique (chaleureuse, proche, précise). Pour les amateurs, la possibilité d’y accéder par un délicieux funiculaire brinquebalant datant du siècle dernier est un agrément dont il ne faut pas se priver.

Pour la programmation ensuite, due à la direction artistique du et de son ancien premier violon, Philippe Bernhard. Les différents concerts auxquels nous avons assisté avaient principalement comme fil conducteur la mise en valeur des cordes et le répertoire russe, soit un hommage à Mstislav Rostropovitch pour qui Antoine Riboud fit ériger la salle il y a vingt-cinq ans. Le premier est consacré aux Variations Goldberg dans la transcription, en passe de devenir un classique, de Dimitri Sitkovetsky. Le -Tamestit-Poltéra (également auteur de sa propre transcription de l’œuvre) s’est imposé par quelques disques majeurs comme l’une des plus belles formations constituées en trio. Sur trois Stradivarius, quasiment sans vibrato, l’œuvre se déploie avec une clarté fabuleuse, et une intelligence de la construction qui fascinent tout au long de ces soixante-quinze minutes.

Le lendemain, dans le petit théâtre du casino, adorable bonbonnière hélas bien défraîchie, le offre le rare mais beau quatuor d’Elgar, l’une des quelques œuvres composées par le maître anglais après la Première Guerre, et surtout le premier quatuor de Tchaïkovski, dont le célèbre Andante est un pur moment de grâce, en raison notamment du solo de , d’une élégance et d’une pureté exceptionnelle, que le trio de Tchaïkovski donné plus tard dans la même salle n’a pas retrouvées. Le soir, dans la grande salle, le joue « Les Dissonances » de Mozart et surtout, une vraie découverte, le quatuor Terra Memoria de (2007), dont l’expressionnisme vibrant et la magnifique écriture pour les cordes empoignent l’auditeur. En deuxième partie, les Modigliani rejoints par deux membres du enflamment le sextuor « souvenir de Florence », dernière page de Tchaïkovski de la journée. C’est l’occasion de saluer la nouvelle formation du Modigliani, Amaury Coetaux ayant remplacé comme premier violon Guillaume Sutre qui avait fait l’intérim après le départ de Philippe Bernhard.

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Le 3 juillet, le concert du matin permet de retrouver et dans de rares et charmantes pièces de Bridge, puis la « voix » toujours somptueuse de Victor Julien-Lafferière mariée à celle tout aussi brillante de Mark Bouchkov, dans le premier trio élégiaque de Rachmaninov (aussi concis que le second est long), les quatre musiciens concluant en apothéose avec le toujours ravissant premier quatuor de Fauré. Le soir, une carte blanche à propose un programme intelligent et original avec la savoureuse Sérénade opus 1 de Dohnanyi en ouverture, la Sonate pour deux violons de Prokofiev et surtout une euphorisante exécution de ce chef d’œuvre éblouissant qu’est l’Octuor de Mendelssohn.

Quatre jours plus tard, retour à Évian pour le concert de clôture, qui porte sur les fonts baptismaux le , un orchestre d’une cinquantaine de musiciens réunis pour le festival et placé pour cette première sous la baguette d’Esa Pekka Salonen. Les Métamorphoses de Strauss, qui s’achèvent par une citation de l’Eroica, ouvrent le programme avant justement la Symphonie Héroïque. On connaît le Beethoven de Salonen, propulsé par une énergie quasiment frénétique, des tempi très vifs, une clarté presque aveuglante, des accents très appuyés (en particulier en raison de timbales souvent d’une rare violence) mais peu d’émotion, notamment dans la marche funèbre, aux accents presque guillerets… Impressionnant, certes, mais tout de même trop univoque dans cette débauche d’énergie et peut-être aussi trop exigeant pour un orchestre encore vert. C’est aussi l’émotion qui manque aux Métamorphoses, bouleversant adieu de Strauss à un monde détruit par la Seconde Guerre mondiale, réduites à une épure pour cordes, belle mais froide. Un concert dont on sort plein d’interrogations, alors qu’on retire des certitudes de celui du . Mais on ne peut que saluer l’ambition du projet, les moyens mis en œuvre garantissant que cette belle aventure se poursuivra les prochaines années : la réunion d’une salle sublime, d’une programmation de qualité exceptionnelle et désormais d’un orchestre, tout concourt à faire à nouveau de ces Rencontres musicales d’Évian l’un des plus beaux festivals européens.

Crédits photographiques : © Blanche Desile

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