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Un vent de fraîcheur baroque avec The Beggar’s Ensemble

Pour qui aime la musique de chambre et passe son mois de juillet à Paris, le festival Jeunes Talents permet de belles découvertes. Le programme français du Beggar’s Ensemble le confirme.

Peu communes sans être inédites, la plupart des œuvres de ce soir nous emmènent largement en dehors des sentiers battus, d’autant que le répertoire pour violon et basse continue de la France baroque est rarement mis en avant. Il trouve en tout cas ce soir d’excellents serviteurs avec ce jeune trio composé d’un violoniste () faussement désinvolte et réellement investi, d’un violiste (Mathias Ferré) non moins concerné et d’une claveciniste (Daria Zemele) sobre et attentive.

Une Fantaisie pour deux violes de ouvre sagement la soirée : souple, varié, le jeu de Mathias Ferré et d’ augure d’une certaine liberté de ton qui se vérifie dans les pièces suivantes, postérieures au moins d’un demi-siècle. Dans la Suite n° 4 de Joseph Marchand issue d’un recueil publié en 1707, toutes les caractéristiques du jeu à la française sont bien présentes (ornements, notes inégales…) mais on sent chez les cordes et en particulier chez Augustin Lusson une envie très nette d’aller plus loin qu’un strict respect du texte – d’ailleurs amplement maîtrisé. Les respirations sont très marquées, au propre comme au figuré, les articulations libres, les phrases énoncées avec naturel comme si elles venaient d’être inventées, et on sent dans la tenue générale une affinité avec le jazz, ou même, dans la musette de l’Air Gay, avec la musique folklorique. Mathias Ferré met quant à lui beaucoup d’intensité dans le Prélude d’une suite pour viole et basse continue de , et emplit superbement l’espace assez vaste de la cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, avant d’exposer toute sa virtuosité dans La Leclair extrait d’une suite d’. En contrepoint, Daria Zemele installe une atmosphère de recueillement dans le long Tombeau de Monsieur de Chambonnières de Jean-Henry d’Anglebert, dont elle rend avec beaucoup d’adresse le caractère presque litanique avec la basse qui scande la pulsation et la main droite qui chante librement.

Dans une seconde partie consacrée à des compositeurs davantage inspirés par l’Italie, The Beggar’s Ensemble continue à montrer beaucoup de complicité et de cohérence dans de superbes pages comme la Sonate n° 4 en ré majeur de Louis-Antoine Dornel ou la Sonate n° 4 en mi mineur de , rendues très expressives. Malgré une acoustique qui met peu en avant le clavecin et même dans une partition aussi connue que le Premier concert des Pièces de clavecin en concert de , les jeunes musiciens impressionnent. En particulier, la netteté des attaques dans La coulicam et l’impression de liberté et de maîtrise dans Le Vézinet donnent l’image d’un ensemble à la forte personnalité et à la maturité déjà frappante.

Crédits photographiques : © Jeunes Talents