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Emanuel Gat pour la première fois à Vaison Danses

Invité pour la première fois à Vaison Danses, dont la mairie de Vaison-la-Romaine a repris récemment la gestion, a choisi de montrer des pièces de son répertoire, Works et Sacre, en y ajoutant un trio en création mondiale.

La danse d’Emanuel Gat est une danse éruptive, proche du jazz, de ses variations et de ses improvisations. On connaît désormais bien son approche chorégraphique aléatoire, sous la forme de modules dont les danseurs décident eux-mêmes de l’ordonnancement. Works est un parfait exemple de ce mode opératoire. Si la première partie, Couz, sur une musique de interprétée live par à la clarinette contrebasse amplifiée, déroute par sa brutalité et sa radicalité musicale, retrouve le plaisir instinctif et sensuel de la musique sur la voix de , qui donne son côté solaire à Comme on dit chez nous, s’il pleut, c’est qu’il va pleuvoir. Feu follet ou invertébré déjanté, chaque danseur suit sa propre trajectoire, tout en formant un ensemble cohérent, un peu comme les personnages d’un tableau de Jérôme Bosch.

Entre ces deux pièces virtuoses, Emanuel Gat a intercalé un court trio de dix minutes, création mondiale pour Vaison Danses, intitulé Karolina, Thomas & Michael, du nom des trois danseurs qui y participent. Entre musique baroque et électronique, ce triangle amoureux a été conçu avec , et . De facture presque classique, cette petite forme (rare dans le répertoire d’Emanuel Gat) est une bouffée de pur plaisir, les danseurs étant littéralement connectés entre eux par le regard, les intentions et bien sûr les mouvements. Karolina passe d’un danseur à l’autre, les trois interagissant avec une grande fluidité et une époustouflante qualité de danse.

On retrouve le même plaisir, la même sensualité dans Sacre, la version pour cinq danseurs de la célèbre partition de Stravinsky. En utilisant le matériel de la danse salsa, danse de rue cubaine, et en la déclinant pour deux couples et demi, sur le principe d’un nombre de danseurs impairs, Emanuel Gat avait frappé un grand coup lors de sa création en 2004. Sur une scénographie inspirée et forte (un tapis d’orient rouge placé au centre de la scène sur lequel dardent des projecteurs rougeoyants), les cinq danseurs se prennent et se délaissent alternativement, sans jamais nous permettre de deviner quelle sera l’élue. La progression dramatique de la musique va de pair avec l’épuisement des corps, le jusqu’au-boutisme de la pratique corporelle proposée par le chorégraphe dans cette pièce très aboutie. Une prouesse appréciée à juste titre par le public de Vaison Danses dans cette chaude nuit d’été provençal.

Crédits photographiques : © Vaison Danses / Stéphane Renaud