Emanuel Gat, un Israélien installé en France

Artistes, Chorégraphes, Danse , Portraits

À l’occasion de la saison croisée France-Israël 2018, ResMusica a choisi de consacrer un dossier à la danse israélienne dont le troisième volet est dédié à la figure du chorégraphe Emanuel Gat. Pour accéder au dossier complet : La danse en Israël

 

Portrait Emanuel GatInstallé en France depuis 2007, l’Israélien  a choisi le Sud. Istres et Montpellier seront ses premières terres d’accueil, avant de poursuivre des collaborations avec Albi, puis le Théâtre national de Chaillot. Son œuvre protéiforme met à égalité le mouvement et la musique, à partir de laquelle il propose chaque fois de nouvelles rencontres avec les danseurs.

Né en 1969, le chorégraphe israélien est une personnalité atypique. Venu très tard à la danse, à 23 ans, sa première rencontre avec cet art a lieu lors d’un atelier d’amateurs sous la direction du chorégraphe Nir Ben Gal, auprès duquel il décide de se former. Six mois après, il rejoint la compagnie Liat Dror Nir Ben Gal avec laquelle il tourne dans le monde entier. Très vite, il commence à travailler comme chorégraphe indépendant et sa carrière connaît rapidement un grand succès international. En dix ans, le chorégraphe participe à différents projets, avant de créer sa compagnie en 2004. Ses nombreuses pièces, comme Winter Voyage ou Le Sacre du Printemps proposées en 2004 au Festival d’Uzès, ou K626 présenté en 2006 au Festival de Marseille, suivie en 2007 de 3for2007, connaissent encore un succès international.

Cette même année, Emanuel Gat choisit de s’installer en France, en basant la compagnie à la Maison Intercommunale de la Danse d’Istres. Silent Ballet sera la première créée en France et présentée au Festival Montpellier Danse en 2008, avant Variations d’Hiver en 2009. Uzès et Montpellier Danse mis à part, Emanuel Gat tarde à trouver le chemin des salles françaises, qui ne l’invitent pas. En 2011, il crée Brilliant Corners pour dix danseurs, dont il signe également la bande son et avec laquelle il est invité pour la première fois au Théâtre de la Ville, à Paris. Dans ce spectacle, sa danse sensuelle s’adresse plus aux sens qu’à l’intelligence, ce qui peut déranger dans un pays où l’on prise le concept ou la narration et non l’abstraction. Selon sa méthode habituelle de création, le chorégraphe lance en studio ses danseurs dans une recherche sur la sensation et l’émotion, le poids et la vitesse, la légèreté et la densité. Malgré l’influence maîtrisée de la danse contact et de la capoeira dans son vocabulaire chorégraphique, il ne se réfugie pas dans une danse hyper technique et fait confiance à ses danseurs, tous d’excellent niveau.

Son enracinement en France va de pair avec de nouveaux contrats d’artiste associé. À Montpellier Danse, où il est artiste associé en 2013, il propose deux créations : The Goldlandbergs et Corner Etudes ; une installation photographique et un événement chorégraphique. L’année suivante, il réinvestit la cour de l’Agora avec Plage Romantique, une pièce pour neuf danseurs. Il approfondit à travers ces pièces son mode de travail, dans lequel les danseurs jouent un rôle clé dans la gestion de la chorégraphie.

Emanuel Gat est aussi régulièrement l’invité de compagnies et de structures françaises et internationales pour lesquelles il crée ou transmet des pièces, comme le , pour lesquels il crée Sunshine en 2014, lors de la 16ème biennale de la danse. Dans cette pièce, il laisse aux danseurs une grande latitude dans la composition de la pièce qui s’attache au processus de création. Les passages de musique alternent avec des bandes sons des répétitions où l’on entend le dialogue entre le chorégraphe, les danseurs et les musiciens. La danse est enlevée, enjouée comme la Water music de Haendel. Gat joue sur les interactions entre les danseurs, les portés, les déplacements.

Story Water_04 © Julia Gat

En 2016, Emanuel Gat crée au Festival Montpellier Danse SUNNY, une pièce pour dix danseurs avec l’ancien danseur et musicien Awir Léon, qui joue, mixe et chante sur scène. Pour interpréter cette nouvelle pièce, le chorégraphe a fait appel à des danseurs hypertechniques et virtuoses rencontrés au Ballet de Lyon, de Genève ou à la . Ce sont des personnalités singulières imprégnées de technique classique et d’un goût pour la danse performative et spectaculaire.

L’année suivante, Emanuel Gat présente son deuxième projet dans le cadre de sa résidence à Montpellier Danse, qui comprend deux productions : une collaboration unique avec le , TENWORKS (for Jean-Paul), un programme de dix pièces courtes avec les danseurs des deux compagnies ; et DUOS, une série de duos présentés dans différents lieux publics autour de la ville de Montpellier.

Après avoir été associé au Théâtre national d’Albi, Emanuel Gat devient en septembre 2017 artiste associé à Chaillot – Théâtre national de la Danse, où il propose Story Water, une pièce en cinq actes et trois mouvements créée l’été précédent au Festival d’Avignon. Sur scène, L’ interprète Dérive 2 de , une pièce pour onze instruments, un concerto pour contrebasse solo et ensemble de , et cosigne Folkdance avec Emanuel Gat. L’acte 1 est une forme de répétition, où deux groupes de danseurs distincts, en shorts de travail, créent une séquence de danse qui sera reproduite dans l’acte 2 une fois aboutie. Avec cette pièce, Emanuel Gat délivre un message politique qui renvoie à ses origines israéliennes. Le titre Story Water dénonce en effet les conditions de vie des habitants de la bande de Gaza, où 97 % de l’eau est impropre à la consommation humaine. Le chorégraphe n’oublie cependant pas la dimension traditionnelle de son attachement à ses racines, en cosignant avec l’ une Folkdance qui s’inspire autant de la danse folklorique israélienne que des danses et gigues irlandaises. Un métissage rythmé qui augure de celui également pratiqué dans Yooo !, le dernier spectacle d’Emanuel Gat présenté pour tous publics au Théâtre national de la danse de Chaillot, conçu avec des danseurs hip hop.

Crédits photographiques: ©

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